マナーとは何か Histoire de l'étiquette japonaise : origines du savoir-vivre Hakubi Kyoto Kimono Gakuin volume 3 part 1
Dernière mise à jour : 23 oct.
Précision de l'association : nous ne sommes pas des professionnels de la traduction ni du japonais. Ce texte a été réalisé avec beaucoup d'attention et de soin à partir de la lecture du volume 3 de ハクビ京都きもの学院 (Hakubi Kyoto Kimono Gakuin), paru en 1977, mais des coquilles, approximations ou erreurs de lecture peuvent malgré tout subsister, notamment sur certains noms propres ou certaines tournures de phrase. Nous partageons ce travail du mieux que nous pouvons, avec plaisir, et restons ouverts à toute correction.
Nous précisons enfin que les propos tenus dans ce texte sont ceux de l'école Hakubi, et non ceux de notre association.
Le savoir-vivre, passeport de l'homme en société
Le mot anglais manners désigne la politesse, les bonnes manières, la façon de faire, les coutumes, l'attitude ou la discipline. Le mot français étiquette lui correspond, mais à l'époque des rois de France, il désignait un « laissez-passer » : une carte remise aux invités du château de Versailles pour leur rappeler les consignes à respecter : par exemple l'interdiction de pénétrer dans le parterre de fleurs devant le palais. Les gens respectaient ces interdits et se pliaient aux règles : autrement dit, ils ne se comportaient pas à leur guise et savaient réfréner leurs propres envies. Le mot « étiquette » a ensuite évolué, passant du sens de « protocole de cour » à celui de « bonnes manières en général », en venant désigner la capacité à maîtriser et canaliser les pulsions naturelles de l'être humain pour acquérir la politesse nécessaire à la vie en société.
Au Japon existe aussi le mot reisetsu (礼節, « courtoisie et retenue »), que les anciens considéraient comme un principe essentiel pour entretenir des relations humaines harmonieuses. Qu'il s'agisse de l'Orient ou de l'Occident, on savait qu'il est primordial, pour vivre en société, de se conformer aux règles du groupe et de ne pas incommoder son entourage.
L'être humain est par nature un être sauvage
Le savoir-vivre est un baromètre du degré de culture d'une personne, révélant à quel point elle a été formée à être un membre agréable de la société. Celui qui ignore l'ordre social et se laisse guider par son seul instinct affiche, de fait, une posture de « sauvage » ou d'« être inculte ».
Laissé à lui-même, l'être humain est sauvage. La façon dont on mange, par exemple, sans le moindre sens esthétique, n'est guère différente de celle d'un singe ou d'un rat. Et comme l'être humain a tendance à ne voir midi qu'à sa porte, il ne se regarde pas objectivement et étale sans complexe sa propre maladresse.
Sur une île déserte, on peut agir à sa guise. Mais dès lors qu'on vit en société avec toutes sortes de personnes, jeunes et vieux, hommes et femmes, il devient nécessaire pour soi-même comme pour autrui, d'encadrer ce comportement sauvage propre à l'homme.
L'être humain est aussi égoïste par nature : on le voit bien dans la façon dont on se dispute une place de train ou de théâtre. Cet égoïsme du « moi d'abord » nuit aux relations humaines. C'est pourquoi il faut des formes et un sens de l'ordre permettant de réguler cet égoïsme entre les uns et les autres : ces conventions et ces accords tacites constituent la morale et les bonnes manières. Notons que la courtoisie (reigi) relève de l'élément spirituel, tandis que les manières (sahō) en sont l'expression extérieure.
« Faites aux autres tout ce que vous voudriez qu'ils vous fassent », enseignait le Christ : ce qui revient aussi à dire : « Ne fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse. »
En tant que membres de la société, nous devons d'abord connaître les règles à respecter au quotidien et notamment les lois qui encadrent les rapports directs avec autrui, comme la loi sur les infractions mineures ou le code de la route. Ce sont des règles qu'on ne peut ignorer sous prétexte de ne pas les connaître. Il faut toujours avoir conscience d'autrui, être sensible à ses sentiments, se mettre à sa place et adopter, selon la personne, le moment, le lieu et les circonstances, un comportement adapté et attentionné : c'est cela, la véritable politesse d'un membre de la société.
Fluidifier les relations humaines
Dans notre vie en société, afin d'éviter la confusion et l'embarras en toutes circonstances, des règles se sont établies concernant des aspects extérieurs comme la tenue vestimentaire, les cadeaux, le langage, les gestes ou les procédures. Il nous faut donc connaître à la fois les usages traditionnels japonais et les coutumes occidentales, cultiver un sens commun actuel, et en faire un usage pratique dans la vie quotidienne.
Ces règles varient toutefois selon les régions et les milieux sociaux, et évoluent avec le temps selon les conditions sociales : ce sont des conventions fluctuantes. Il convient donc de les appliquer avec discernement, en les adaptant au contexte auquel on appartient.
Le bouddhisme, le confucianisme et le christianisme reposent, au fond, sur un même « esprit d'amour » : la compassion (jihi) du bouddhisme, la bienveillance (jin) du confucianisme, l'amour du prochain du christianisme partagent tous ce souci profond de l'autre, cette chaleur qui enveloppe et prend soin d'autrui.
Comme le disait l'Anglais Kipling, « l'Orient est l'Orient, l'Occident est l'Occident » : la façon de penser et de s'exprimer y est souvent diamétralement opposée. Il est donc nécessaire de connaître le fond de pensée de chacun avant de comprendre les différences dans leurs manifestations formelles.
Le fond du savoir-vivre est universel
En Orient comme en Occident, le savoir-vivre est enraciné dans la religion et la morale, et l'on distingue historiquement deux grands courants : d'une part, la pensée issue du bouddhisme et du confucianisme, qui exerce une influence considérable sur les sociétés orientales ; d'autre part, la pensée née du christianisme, qui domine les sociétés occidentales.
Confucius, grand penseur de l'époque des Printemps et Automnes et l'un des trois sages du monde selon la tradition, fondateur du confucianisme, plaçait comme idéaux éthiques la bienveillance universelle (jin), la piété filiale et la concorde fraternelle (kōtei), ainsi que la sincérité et la prévenance (chūjo). Il enseignait aussi le « respect de l'aîné » (chōyō no jo), selon lequel les plus jeunes doivent honorer leurs aînés et exprimer cette déférence dans leurs actes. Ce sont là des principes que chacun, quelle que soit l'époque ou le pays, devrait s'efforcer de respecter.
En raison de ces oppositions fréquentes entre pensée orientale et pensée occidentale, il est nécessaire de connaître les deux courants pour bien saisir les différences dans leurs formes concrètes.
L'évolution de l'étiquette au Japon
Dans la Chine antique, le mot « rites » (rei) désignait à l'origine la cérémonie religieuse ; on l'associait à l'idée de « distance » : c'est-à-dire de tenir ses distances vis-à-vis de l'objet sacré.
Le confucianisme est arrivé au Japon avant même le bouddhisme et s'est intimement lié à la politique et à la morale. Il fut d'abord intégré aux rites impériaux, articulés autour du culte des dieux, de la vénération des ancêtres et du respect de l'empereur ; les « rites » (rei) furent placés au cœur de la politique dans la Constitution en dix-sept articles et le Code Taihō.
Sous l'époque de Heian, les courtisans qui entouraient la cour attachaient une grande importance aux usages traditionnels (yūsokukojitsu) : cérémonies, institutions, codes vestimentaires furent réglementés, et de nombreuses règles de savoir-vivre virent le jour. Les familles Ono no Miya et Kujō en détenaient l'autorité, et les spécialistes de ces usages étaient respectés comme des intellectuels.
À l'époque de Kamakura, Minamoto no Yoritomo chargea Ogasawara Nagakiyo de codifier l'étiquette guerrière (reihō) pour les samouraïs. La famille Ogasawara, issue du clan Kai-Genji (l'un des six grands lignages Genji, descendant de Shinra Saburō Yoshimitsu), était maître d'art équestre et de tir à l'arc, mais devint aussi experte en étiquette ; elle resta, au fil des changements de pouvoir, toujours proche des détenteurs de l'autorité, formant le courant principal des usages guerriers.
À l'époque de Muromachi, Ogasawara Sadamune, gouverneur militaire de la province de Shinano, étudia les règles du zen auprès du moine chinois naturalisé Seihi Shōchō, et les intégra à l'ensemble des règles d'étiquette guerrière, achevant ainsi les manières des samouraïs. On voit par là combien le bouddhisme imprègne profondément l'école Ogasawara.
De son côté, le shogunat instaura des familles de haut rang (kōke) chargées des cérémonies envers la cour impériale, confiant cette tâche aux familles Kira, Imagawa, Oda, etc.
Par ailleurs, Ise Sadatsugu, issu du clan Heike, occupa sous Ashikaga Yoshimitsu les postes d'intendant du gouvernement et de magistrat du palais ; il codifia les cérémonies du shogunat et l'étiquette de la cour, donnant naissance à l'école Ise.
Après l'ère des guerres civiles, une fois le shogunat d'Edo établi, l'étiquette retrouva son importance : sous le cinquième shogun Tokugawa Tsunayoshi, l'école Ogasawara devint l'école officielle.
À cette époque, l'école Ogasawara enseignait des sujets touchant à l'ensemble de la vie quotidienne : le passage à l'âge adulte, le mariage, les funérailles, les fêtes annuelles, les repas, la tenue vestimentaire, les cadeaux, les gestes, la rédaction des documents, la disposition du mobilier, la manière de s'exprimer oralement.
Des lettrés comme Arai Hakuseki, Ise Sadatake, Kaibara Ekiken, Yamaga Sokō ou Yamamoto Tsunetomo publièrent de nombreux ouvrages, exposant que l'étiquette était nécessaire non seulement aux samouraïs, mais aussi au peuple.
L'étiquette de cette époque était façonnée pour conforter l'autorité absolue du chef de famille, le système des quatre classes (samouraïs, paysans, artisans, marchands) et l'idée de supériorité masculine.
Avec l'ère Meiji et la fin du long isolement du pays, l'arrivée des manières occidentales d'inspiration chrétienne provoqua une certaine confusion ; en réaction, un nationalisme se fit entendre, prônant le retour aux usages de l'époque d'Edo. L'école Ogasawara fut intégrée à l'éducation morale des jeunes filles, et pendant la guerre du Pacifique, le ministère de l'Éducation édicta les « Nouveaux principes d'étiquette » (Shin Reihō Yōkō), fortement teintés de militarisme, comme norme de vie pour l'ensemble de la population.
Après la guerre, dans un climat de libéralisme, les manières japonaises et occidentales ont été conciliées et pratiquées côte à côte.
La suite de ce chapitre se concentre sur la manière de se deplacer en kimono. Voici quelques vidéos pour illustrer les propos ( vidéos qui ne sont pas rattaché à cette école)
Bibliographie
Le site officiel de la ハクビ京都きもの学院 (Hakubi Kyoto Kimono Gakuin), fondée en 1969 : hakubi.net page "à propos" avec photos d'élèves en kimono et présentation des cours (dont un volet explicite "manières").
Leur chaîne YouTube officielle, avec des extraits de démonstrations et d'événements (concours de kitsuke, spectacles de danse "Hakubi-mai").
Leur compte Instagram (@hakubi_official_) et leur compte X (@hakubikimono), riches en photos de postures, de démonstrations de kitsuke et d'événements.

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