Flûte, kimonos et tradition : à la rencontre d’Eva Brunet et de son univers poétique
- Association Okiya
- 22 avr.
- 4 min de lecture
Grâce aux images et vidéos capturées par Amélie — que nous remercions chaleureusement pour son partage — nous avons eu le plaisir de plonger dans l’univers singulier et poétique d’Eva Brunet.
Le 24 mars dernier, le Conservatoire d’Aire-sur-la-Lys s’est imprégné des sonorités et des couleurs du Japon. À l’occasion de l’obtention de son Certificat d’Études Musicales (CEM) en flûte traversière, Eva ne s’est pas contentée d’interpréter un programme classique : elle a imaginé une véritable performance pluridisciplinaire intitulée « Le Japon sous toutes ses coutures ».
À travers ce projet, elle a su tisser des liens subtils entre plusieurs univers :
la musique et la poésie japonaise,
les comptines traditionnelles,
et une esthétique visuelle soignée, portée notamment par le port du kimono et une mise en scène immersive.
Entretien avec Eva Brunet
1. Présentation & parcours musical
Eva Brunet, 29 ans, originaire de Steenbecque. Passionnée par les arts et les langues, elle explore depuis toujours des univers créatifs variés : musique, couture, tricot, crochet ou encore maquettisme. Son parcours est atypique, nourri par une grande curiosité et un apprentissage souvent autodidacte.
Après un cheminement entre mise à niveau en arts appliqués et licence d’anglais, Eva poursuit aujourd’hui une réflexion sur son avenir professionnel, à la croisée de ses passions.
Elle débute la musique il y a environ 13 ans, dont 7 années passées au Conservatoire à Rayonnement Départemental de Saint-Omer.
Son premier contact avec la musique se fait au collège, avec la flûte à bec. Une expérience marquante, même si l’instrument sera ensuite délaissé… jusqu’à ce que sa petite sœur le redécouvre et ravive cette passion. Eva commence alors à apprendre seule les bases du solfège grâce à des ressources en ligne, avant de ressentir le besoin d’aller plus loin en intégrant une école de musique.
Initialement attirée par la flûte à bec, elle se tourne finalement vers la flûte traversière (après hésitation avec la clarinette) séduite par sa sonorité. Elle découvre également la musique ancienne à travers le traverso, ancêtre de la flûte traversière.
Aujourd’hui Eva enseigne la flûte traversière depuis deux ans et le piano depuis cette année, au sein de l’école de musique où elle a elle-même débuté.
2. Le Japon
Depuis environ cinq ans, Eva s’intéresse à la langue et à la culture japonaises. Son apprentissage du japonais s’est construit en deux temps : une première approche académique d’un an à l’université dans le cadre de sa licence d’anglais, suivie d’une pratique en autonomie qu’elle cultive avec assiduité depuis cinq ans, s’appuyant notamment sur des outils comme Duolingo. Elle échanges également avec des correspondants japonais. Elle développe un intérêt profond pour les langues et les cultures du monde, en particulier asiatiques.
Comme beaucoup, elle a été exposée à la culture japonaise à travers les mangas, les jeux vidéo ou les films d’animation. À l’université, elle choisit d’apprendre le japonais afin de pouvoir découvrir ces œuvres en version originale.
Au fil du temps, cet intérêt devient plus profond : apprendre la langue devient une porte d’entrée vers une autre manière de penser et de voir le monde. Sensible aux valeurs de respect, d’attention aux détails et à la contemplation du moment présent (en écho notamment à une influence familiale liée à la sophrologie et à certaines philosophies proches du bouddhisme) Eva développe une véritable résonance personnelle avec cette culture.
3. Le kimono
Après avoir suivi une formation à distance en couture, Eva se lance dans la réalisation d’un kimono en grande partie grâce à des vidéos (Billy Matsunaga) et à ses propres expérimentations, afin d’apporter une dimension encore plus authentique à son projet.
Elle s’initie ainsi aux techniques de couture japonaise (wasai: couture traditionnel japonaise), tout en s’autorisant certaines adaptations plus accessibles (yōsai: couture européenne). La réalisation du kimono représente un véritable défi technique, notamment dans la compréhension de sa structure, du montage du col ou encore de l’ajustement des différentes pièces.
Soucieuse de respecter au mieux les traditions, elle réalise elle-même la majeure partie de la tenue, à l’exception de certains accessoires (obi makura, obijime, obiage, ou encore tabi). Malgré des doutes initiaux quant à sa légitimité, les retours très positifs du public viennent confirmer la justesse et la sensibilité de sa démarche.
4. Projets et évolution
Ce projet, construit sur plus de deux ans, marque une étape importante dans son parcours. Le CEM, bien que relevant d’un cursus amateur, demande un haut niveau d’exigence et une grande autonomie : choix du thème, du répertoire, mise en scène, collaboration avec d’autres disciplines…
Bien que le projet ait été porté par une vision personnelle, Eva a su transformer sa performance en une véritable aventure collective. Elle a ainsi dirigé et intégré quatre jeunes flûtistes et une élève pianiste en cycle professionnalisant. Le point d'orgue de cette collaboration fut l'implication de 22 musiciens de l’orchestre d’harmonie (second cycle), offrant une envergure orchestrale à son "Japon sous toutes ses coutures"
Plus qu'un simple concert, ce projet a été conçu comme un moment de partage interactif. Eva a brisé le "quatrième mur" en invitant le public à devenir acteur de la performance : entre deux morceaux, les spectateurs ont pu s'initier au salut traditionnel japonais, chanter à l'unisson ou encore se déplacer en rythme, créant une atmosphère chaleureuse et immersive.
Parmi ses autres initiatives : la création d’un « arbre à vœux » inspiré de Tanabata, actions culturelles en milieu social (origami, haïkus, calligraphie, concerts), ou encore médiation autour du kimono et des traditions japonaises.
Aujourd’hui, elle souhaite prolonger cette dynamique en développant des projets similaires dans des structures sociales et culturelles, mêlant musique, transmission et découverte de la culture japonaise.
Elle envisage également de poursuivre ses études, notamment en intégrant le CFMI pour devenir musicienne intervenante (DUMI), tout en développant une activité professionnelle indépendante.
Bibliographie et Sources
Article de presse :
LA VOIX DU NORD. Balade musicale : Escale en Asie (Aire-sur-la-Lys). [En ligne]. Disponible sur : agenda.lavoixdunord.fr
Communiqué officiel :
CONSERVATOIRE À RAYONNEMENT DÉPARTEMENTAL (CRD) DE LA CAPSO. Retour en images : Le Japon sous toutes ses coutures ! [Publication Facebook]. 2024. Disponible sur : facebook.com/Conservatoire.CAPSO
Programme culturel :
CONSERVATOIRE DE LA CAPSO. Agenda des événements : Certificat d’Études Musicales d’Eva Brunet. [En ligne]. Disponible sur : conservatoire.ca-pso.fr
Crédits visuels :
Photographies et vidéos originales réalisées par Amélie.


Superbe article! Très complet et interessant 🤩