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Kimono, identité et audace : la vision de Kranti Salvi

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Kranti Salvi est une remarquable marathonienne indienne.

Elle a établi plusieurs records du monde Guinness (GWR) en terminant des marathons

entiers vêtue de tenues traditionnelles : un sari, un costume gallois, et plus récemment, un

kimono japonais.



Son dernier exploit a eu lieu le 20 octobre 2024, lors du Toronto Waterfront Marathon, où elle a parcouru 42,195 km vêtue d’un kimono et de jika-tabi (chaussures traditionnelles à bout fendu), terminant en 4 heures, 37 minutes et 31 secondes : le temps le plus rapide jamais enregistré pour une femme courant un marathon en kimono.


Kranti Salvi marathon kimono

Ce record est d’autant plus impressionnant que la tenue elle-même ajoute une difficulté considérable : des manches longues, un obi (ceinture) restrictif, et des jika-tabi très différents des chaussures de course modernes. Kranti Salvi incarne l’endurance, la préparation minutieuse, le respect des traditions culturelles et la volonté de repousser les limites.


Son parcours montre comment une athlète peut transformer un vêtement culturel en un

véritable message : une discipline, un défi personnel, et une source d’inspiration pour les

autres, en particulier pour les femmes : à oser l’inattendu.


"Les marathons m’ont menée à travers le monde: de Berlin où j’ai couru en sari, à Londres

en robe galloise, à Toronto en kimono et à Sydney en cheongsam chaque expérience fut

une célébration de la tradition, de la résilience et de la fierté culturelle.

Ma course au Toronto Waterfront Marathon, vêtue d’un kimono japonais traditionnel, a eu

une signification toute particulière."


Kranti Salvi marathon course à pied

Ce n’était pas seulement une course ; c’était un hommage à la grâce et à la discipline de la

culture japonaise, et un rappel que la course à pied peut relier les gens au-delà des frontières.


"Chaque record que je poursuis n’est pas uniquement une question de temps, mais aussi une manière d’inspirer les autres —en particulier les femmes — à croire qu’aucun défi n’est impossible lorsqu’il est poursuivi avec passion et détermination."



Questions et Réponses d’Entretien


yukata Marathon Guiness Record

Qu’est-ce qui vous a inspirée à courir un marathon en kimono ?


J’étais une mère active dans l’école de mon fils, la DSB International School à Mumbai, qui

comptait des familles de nombreux pays — dont le Japon.

J’avais également une amie proche qui enseignait à l’école japonaise de Mumbai.

J’ai toujours admiré la culture japonaise : leur discipline, leur grâce et leur raffinement m’ont

fascinée. J’ai assisté à plusieurs festivals culturels indo-japonais et j’ai été captivée par l’élégance du kimono.


J’ai souvent souhaité pouvoir en porter un jour, mais l’occasion ne s’est jamais présentée, même si j’ai visité le Japon à plusieurs reprises. Après avoir obtenu le record du monde Guinness pour avoir couru un marathon en sari traditionnel indien au Marathon de Berlin en 2018, mon intérêt pour les tenues traditionnelles s’est approfondi. C’est alors que l’idée m’est venue : pourquoi ne pas combiner ma passion pour la course à pied et mon admiration pour les vêtements traditionnels à travers les World Marathon Majors ?



Comment avez-vous choisi le kimono que vous avez porté — en termes de tissu, couleur et

design — pour ce marathon ?


En 2024, ma participation au Marathon de Tokyo 2025 a été confirmée, et presque au même moment, j’ai reçu l’autorisation du Guinness World Records d’y participer vêtue d’un kimono traditionnel. J’ai donc acheté mon kimono et tous ses accessoires directement à Tokyo, en suivant à la fois les spécifications du GWR et les conseils de mes amis japonais. Les directives officielles du GWR exigeaient un ensemble kimono complet : le juban (sous-vêtement), le kimono, la ceinture obi, les chaussettes tabi, et tous les accessoires de maintien comme le date-jime, le koshi-himo et le obi-ita. J’ai choisi un kimono bleu à motifs floraux. Je n’avais pas de liberté concernant le tissu ou la texture, puisqu’il devait répondre aux critères traditionnels, et j’ai accepté cela comme faisant partie du défi.


Cependant, lorsque j’ai informé les organisateurs du Marathon de Tokyo de mon intention

de courir en kimono, ils m’ont envoyé une capture d’écran du règlement indiquant que les kimonos étaient interdits pour des raisons de sécurité — le parcours étant extrêmement bondé. Ce rebondissement inattendu a tout changé !


J’ai commencé à chercher un autre marathon autorisant les tenues traditionnelles ainsi que

la  présence du Guinness records. Par coïncidence, je devais me rendre à Toronto en septembre et j’ai découvert que le Toronto Waterfront Marathon permettait une vérification en direct pour les tentatives de record Guinness. Le plus grand défi fut l’entraînement avec les chaussettes tabi. Je n’étais pas une coureuse pieds nus — j’avais toujours utilisé des chaussures avec des semelles — et je n’avais qu’un mois pour m’adapter.

En voyageant à travers Berlin, Naples, Bordeaux, Stuttgart et Aalen, je me suis entraînée à marcher et à faire des randonnées avec des Vibram FiveFingers, pour simuler la sensation des tabi.

Deux semaines avant le marathon, j’ai fait une répétition générale complète à Aalen, chez

des proches. Et c’est ainsi qu’une femme indienne en kimono japonais a fini par courir le marathon de Toronto — et entrer dans l’histoire !



Préparation et Entraînement


Comment avez-vous appris à porter correctement un kimono ?


yukata cours japonaise indienne

J’ai reçu une aide précieuse de mes amis japonais. Ils m’ont envoyé des vidéos explicatives, m’ont guidée sur les accessoires nécessaires et m’ont même aidée à trouver des boutiques authentiques à Tokyo. Mes amies japonaises de l’école de mon fils à Mumbai m’ont montré, étape par étape, comment le revêtir. J’ai filmé le processus, j’ai pratiqué plusieurs fois, et j’ai ensuite effectué une répétition complète lors d’un de mes entraînements.



Comment vous êtes-vous entraînée à courir en kimono, compte tenu de ses contraintes

(plusieurs couches, mobilité réduite, manches longues, etc.) ?


La coupe du kimono limite les mouvements des jambes, j’ai donc dû ajuster ma manière de courir. J’ai raccourci mes foulées et augmenté ma cadence à environ 180 pas par minute.

J’ai aussi veillé à garder les genoux bas pour éviter de trébucher sur le tissu. Les longues manches flottantes posaient un autre problème — elles créaient une résistance à chaque mouvement de bras, ce qui ajoutait une difficulté supplémentaire à chaque pas.

Cela a vraiment mis ma patience et ma technique à l’épreuve !

Courir en kimono a une forte signification symbolique, au-delà du sport.



Que représente pour vous le port de ce vêtement traditionnel japonais dans le contexte

d’un marathon ? (Et qu’en est-il des autres tenues traditionnelles que vous avez portées ?)



J’ai un profond respect pour la signification culturelle du kimono. Mes amis japonais m’ont expliqué à quel point ils respectaient le kimono — la manière dont il est porté, superposé et noué à une valeur symbolique.

Je voulais honorer cela tout en le combinant avec quelque chose de sacré pour moi : le

marathon. Pour moi, courir un marathon, c’est comme un rituel spirituel.

Porter le kimono, c’était unir deux formes de discipline et de dévotion : la tradition japonaise et l’esprit du coureur. J’avais déjà décroché le record Guinness du marathon le plus rapide en sari au Marathon de Berlin 2018, puis un autre en robe galloise au Marathon de Londres. En voyant qu’il existait un record de 4h45 pour la catégorie kimono, je me suis fixé pour objectif de battre ce temps.



Pendant la course, avez-vous ressenti le soutien ou la curiosité du public à cause de votre

tenue ? Comment cela vous a-t-il affectée ?



Ce fut une expérience incroyablement exaltante !

Le kimono est immédiatement reconnaissable, et les spectateurs le long du parcours étaient

ravis de le voir. Beaucoup ont pris des photos, et d’autres coureurs ont fait des selfies avec moi pendant la course. La communauté des coureurs de Toronto était déjà informée de ma tentative Guinness, donc les familles et les bénévoles m’encourageaient chaleureusement.

Porter une tenue unique attire toujours l’attention — cette énergie du public vous porte et vous donne la force de continuer. J’ai savouré chaque instant. Inspiration et Influence


Pensez-vous que votre record puisse inspirer d’autres personnes — surtout des femmes —

à relever des défis similaires, même lorsque les vêtements traditionnels semblent “inadaptés” au sport ?


Absolument ! Ma course en sari à Berlin a inspiré de nombreuses femmes à courir en sari.

Celles qui hésitaient à porter des vêtements de sport ou doutaient de pouvoir courir en

tenue traditionnelle participent maintenant avec assurance à des sari runs.

D’ailleurs, pendant que je réponds à ces questions, plusieurs femmes de ma ville

se préparent pour une course en sari demain !


Au Marathon de Sydney 2025, j’ai aussi vu des femmes de différents pays courir fièrement

dans leurs tenues traditionnelles — c’est un mouvement magnifique.


sari femme course à pied marathon

Avez-vous reçu des retours de personnes (fans, coureurs ou membres de la communauté

du kimono) disant que votre performance les avait motivés ou changé leur regard sur le kimono ?


Oui, j’ai reçu de nombreux messages encourageants.

Courir un marathon est déjà un immense défi ; y ajouter une dimension culturelle le rend encore plus spécial. Beaucoup de coureurs et de fans m’ont dit que ma démarche les avait inspirés à poursuivre des objectifs créatifs et porteurs de sens.

Courir en kimono a été difficile, bien sûr — mais cela a prouvé qu’aucun rêve n’est impossible lorsque l’on croit vraiment en soi.


Avez-vous allégé ou modifié certaines parties du kimono pour le rendre plus pratique ?


J’aurais bien aimé ! Mais les règles du Guinness World Records m’imposaient de porter un kimono traditionnel, sans aucune modification. Le costume exact avait été préapprouvé par leurs représentants, je devais donc suivre toutes les spécifications à la lettre.


Comment les chaussettes tabi se sont-elles comportées pendant la course ? Était-ce difficile de courir avec ?


Les tabi ont été un vrai défi. J’avais prévu de m’habituer à courir pieds nus avant de les utiliser, mais tout s’est enchaîné en trois semaines — pas assez pour m’adapter complètement. Donc oui, c’était difficile, mais j’ai tenu bon !


Avez-vous utilisé un équipement spécial ou des adaptations particulières ?


Pas vraiment. Je me suis principalement entraînée avec mes chaussures de course habituelles. Lors de mes marches et randonnées en Europe, juste avant la course, j’ai utilisé des Vibram FiveFingers pour m’habituer à la sensation des tabi sans les abîmer — je n’en avais qu’une seule paire !


Projets à venir


Avez-vous prévu d’autres tentatives de record — peut-être encore en tenue traditionnelle,

ou à nouveau en kimono lors d’un autre marathon ?


Oui ! J’aimerais continuer à donner un sens culturel et esthétique à mes marathons

en portant différentes tenues traditionnelles.

Chaque costume raconte une histoire, et je veux que chaque course célèbre la beauté et la force des cultures.


guiness record marathon tenues traditionelles

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un de notre association (ou à nos membres) qui souhaiterait courir un jour en kimono ou en tenue traditionnelle ?


Courir en kimono est sans aucun doute un défi — mais c’est possible !

Ce vêtement n’est pas conçu pour la vitesse ou les mouvements brusques, mais un rythme doux et régulier peut vous emmener très loin. Commencez par suivre un bon plan d’entraînement marathon, puis, dans le dernier mois, ajoutez des séances d’entraînement en tenue pour vous y habituer. Si vous êtes à l’aise pieds nus, vous vous adapterez plus facilement aux tabi.

Beaucoup de coureurs se lancent dans ce type de défi — parfois pour des causes caritatives, pour sensibiliser, ou simplement pour exprimer leur créativité. Tant que la tenue est sûre, confortable et sans risque de blessure, elle apporte de la joie et une touche unique à votre expérience de course.


Impact Personnel


Qu’est-ce que ce record vous a apporté personnellement (fierté, visibilité, reconnaissance)?


Personnellement, ce fut un voyage extraordinaire.

C’est incroyable de voir comment un sport aussi simple que la course à pied peut unir des personnes de cultures, de nationalités et de genres différents sur une même plateforme. Où ailleurs pourrait-on voir une femme indienne en kimono japonais courir le Toronto Waterfront Marathon et décrocher un record du monde Guinness ?

C’est toujours irréel — et profondément gratifiant.


Cela a-t-il changé votre vision de la course ou votre relation à ce sport ?


Oui — la course m’a fait me sentir véritablement sans limites. Où que j’aille dans le monde, je peux sortir, courir librement, et créer des liens immédiats avec les gens. La course m’a permis de bâtir des communautés, de me faire des amis, et d’inspirer d’autres personnes à repousser leurs propres frontières — tout en célébrant la beauté des différentes cultures.


course à pied courreur marathon sport

Nous adressons nos plus sincères remerciements à Kranti Salvi pour son immense performance, son aura profondément inspirante, ainsi que pour le temps précieux qu’elle a consacré à répondre aux questions de notre association.



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