Tsuruhachi et Tsurujiro『鶴八鶴次郎』(1938年)
- Association Okiya
- 26 févr.
- 4 min de lecture
Titre original : 鶴八鶴次郎 (Tsuruhachi and Tsurujiro)
Réalisateur : Mikio Naruse
Genre : Drame / Romance musicale Distributeur : Toho (Japon)
Durée : 89 minutes environ
Date de sortie au Japon : 29 septembre 1938
Date de sortie en France : Pas de sortie en salles officielle. Il a été montré hors du Japon bien plus tard, notamment aux États-Unis dans les années 1980, et est parfois projeté dans des cycles de cinéma d’auteur ou de rétrospectives japonaises
Ce film japonais dramatique de Mikio Naruse est basé sur une histoire de Matsutarō Kawaguchi.
Résumé
Tsuruhachi et Tsurujiro raconte l’histoire d’un duo d’artistes traditionnels japonais spécialisés dans le shinnai, une forme de chant narratif accompagné au shamisen. Lorsque l’on évoque le shinnai aujourd’hui, beaucoup de Japonais l’associent spontanément au shinnai nagashi, une pratique populaire de musiciens itinérants.
Le shinnai nagashi était interprété par des artistes ambulants qui parcouraient les rues, en particulier dans les quartiers de geishas. L’homme, vêtu d’un kimono simple et coiffé d’un couvre-chef de style Edo, et la femme, les cheveux recouverts d’un tissu de coton, jouaient du shamisen en marchant. À la demande des passants ou des clients, ils pouvaient s’arrêter pour se produire dans la rue ou directement dans les maisons. Ce style est apparu à la fin de l’époque Edo et perdure jusqu’aux dernières années de l’ère Shōwa.
Les personnages:
· Tsurujiro est le chanteur (tayū),
· Tsuruhachi est sa partenaire de longue date, qui l’accompagne au shamisen.
Ils se connaissent depuis l’enfance et ont construit leur carrière ensemble, rencontrant un grand succès artistique.
Cependant dans leur vie privé l’ambiance est différente, les disputes sont récurrentes et constantes. Tsujiro reproche la manière de joué de tsuruhachi. L’élément déclencheur lorsque Tsuruhachi envisage d’épouser un riche admirateur.
Casting :
Isuzu Yamada — Toyo / Tsuruhachi
Kazuo Hasegawa — Jirō / Tsurujiro
Kamatari Fujiwara — Shohei (manager)
Heihachiro Okawa — Matsuzaki (homme riche)
Masao Mishima — Takeno (propriétaire de salle)
Mikio Naruse (1905–1969): le réalisateur
Mikio Naruse est issu d'une famille modeste et orphelin très jeune, il est attiré dès son plus jeune âge par la littérature japonaise. C‘est à 15 ans après avoir quitté l’école par nécessité qu’il entre comme accessoiriste dans la Shochiku. En 1926, il devient assistant réalisateur et collabore avec Heinosuke Gosho, réalisateur reconnu qui travaille sur le premier film parlant japonais, Madame et ma voisine (1931).
En 1930, Naruse participe au montage de son premier long-métrage, La Force de l’amour. La reconnaissance critique arrive en 1932 avec Printemps gâché, suivi par Après notre séparation et Rêves de chaque nuit (1933), classés parmi les meilleurs films japonais de l’année par la revue Kinema Junpō.
Prolifique, il alterne comédies et mélodrames, réalisant entre 1930 et 1934 22 courts et longs-métrages muets, puis rejoint la Toho (alors Photo Chemical Laboratory) en 1935. Il y signe son premier film parlant, Trois sœurs au cœur pur, suivi de Ma femme, sois comme une rose. En 1937, il épouse l’actrice Sachiko Chiba, et le jeune Akira Kurosawa travaille comme assistant sur Avalanche.
Les premiers films de Naruse révèlent un réalisateur à l’aise avec la comédie, parfois proche du burlesque, mais déjà attentif au bonheur et aux aspirations humaines. Toutefois, le contexte politique et le militarisme japonais des années 1930, puis la guerre, freinent sa carrière et marquent son regard sur l’humanité. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, Naruse ne s’intéresse pas au cinéma de guerre. Par exemple, dans Okuni et Gohei (1952), il montre un samouraï poétique et insoumis au code de l’honneur, soulignant le romantisme et la fragilité de ses héros.
À partir des années 1950, Naruse se spécialise dans le shomin-geki, décrivant le quotidien du petit peuple avec un regard sensible sur les relations humaines et l’omniprésence de l’argent. Il explore les aspirations contrariées de ses personnages, en particulier des femmes, et les met en scène dans un univers souvent immobile et contraignant, où chaque geste et chaque trajet prend une valeur symbolique.
Sa mise en scène privilégie la subtilité , héritée de ses débuts dans le cinéma muet. Les émotions passent par le regard et les gestes plutôt que par les dialogues. Naruse dépeint des crises silencieuses mais puissantes, et sait aussi montrer les moments de joie qui illuminent la vie quotidienne. Ses films sont empreints de mélancolie, de poésie et d’une réflexion sur la société japonaise, sa reconstruction et l’instabilité économique d’après-guerre.
Naruse met les femmes au centre de son cinéma : elles sont lucides, fortes et idéalisées, tandis que les hommes sont souvent présentés comme inadaptés ou faibles. Sur ses 58 films parlants, 56 ont pour héroïnes des femmes et seulement 2 des enfants. Ce positionnement donne à son œuvre une dimension intemporelle, faisant de Naruse un maître du cinéma japonais du XXᵉ siècle, reconnu pour ses drames humains profonds et son regard mélancolique sur la vie quotidienne.
Bibliographie :
https://www.cineclubdecaen.com/realisateur/naruse/naruse.htm · https://www.cinematheque.qc.ca/fr/nouvelles/mikio-naruse-filmer-les-ombres/
https://lasaveurdesgoutsamers.com/2013/05/18/tsuruhachi-et-tsurujiro-mikio-naruse-1938/ · https://bampfa.org/event/tsuruhachi-and-tsurujiro · https://shangols.canalblog.com/archives/2010/03/21/17306602.html


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