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Visite du Musée Ito-en: Ocha Culture Creation Museum

Le thé occupe une place centrale dans l’histoire sociale, religieuse, économique et esthétique du Japon. C’est précisément cette richesse que met en lumière le Ocha Culture Creation Museum, situé à Tokyo, dans l’ancien bâtiment historique de la gare de Shimbashi.

Le Ocha Culture Creation Museum a pour objectif de retracer l’évolution du thé au Japon, depuis son introduction depuis la Chine jusqu’à son intégration dans la vie quotidienne moderne. L’exposition permanente repose sur une chronologie structurée, permettant de comprendre comment les modes de consommation du thé évoluent en fonction des transformations politiques, religieuses et sociales du Japon.

1. Aux origines : l’introduction du thé au Japon


Période Heian (794–1185)


Introduit depuis la Chine des Tang, le thé arrive au Japon dans un contexte aristocratique. Il est consommé principalement à la cour impériale et dans les milieux religieux. À cette époque, la culture artistique (poésie, peinture, calligraphie) est florissante, et le thé est perçu comme une boisson raffinée, associée au bouddhisme.

Durant cette période, le thé est broyé grossièrement puis bouilli dans l’eau, selon une méthode proche du sencha primitif.



Période Kamakura (1185–1333)


Avec l’établissement du gouvernement samouraï, le bouddhisme zen se diffuse largement. Le moine Eisai introduit de nouvelles pratiques liées au thé et souligne ses bienfaits pour la santé et l’esprit.

Durant cette période, le thé est réduit en poudre et fouetté avec un chasen, une pratique qui préfigure le matcha.


Période Muromachi (1336–1573)


Le Japon connaît un fort développement culturel et artistique malgré les conflits. La cérémonie du thé (chanoyu), le nô, le renga et l’ikebana émergent. Le thé devient un art à part entière, porteur de valeurs esthétiques et spirituelles.

Concernant la méthode de consommation, le thé en poudre fouetté reste dominant, et la cérémonie du thé se codifie progressivement.


Nous arrivons à l’âge d’or du thé : la période Edo (1603–1868)


Le chanoyu se popularise parmi les seigneurs féodaux et les samouraïs. Le système iemoto (transmission héréditaire des écoles) est établi. En 1654, le maître zen Ingen, de la dynastie Ming, introduit la secte Ōbaku ainsi qu’une nouvelle manière de boire le thé : l’infusion de feuilles dans l’eau chaude.

Vers 1735, le moine Baichao commence à vendre du sencha tout en prêchant le zen. Son approche libre et intellectuelle séduit les lettrés (bunjin), donnant naissance à la culture du bunjin sencha, distincte de la cérémonie formelle du matcha. À la même époque, Nagatani Sōen, à Uji, perfectionne un sencha de grande qualité.

Le thé quitte alors les cercles élitistes pour se diffuser parmi le peuple. De nombreux salons de thé apparaissent dans les villes, utilisant des images de jeunes femmes comme supports publicitaires. Ces affiches deviennent un sujet populaire des estampes ukiyo-e.


Modernisation et industrialisation : de Meiji à l’ère contemporaine (1868–1912)


Avec la modernisation du pays, le thé devient un produit stratégique d’exportation, notamment vers l’Amérique du Nord et l’Europe. La demande croissante rend le pétrissage manuel insuffisant. En 1898, Kenzo Takabayashi invente une machine de roulage, marquant le début de la mécanisation de la production du thé.


La fabrication du thé


Un aspect central du musée réside dans la présentation détaillée des processus de transformation du thé, depuis la feuille fraîche jusqu’au produit final.

À travers maquettes, vidéos et dispositifs interactifs, le visiteur découvre :

  1. Récolte des feuilles

  2. Aération / humidification

  3. Étuvage à la vapeur

  4. Refroidissement

  5. Séchage grossier et roulage

  6. Séchage à l’air chaud avec pétrissage

  7. Malaxage

  8. Séchage et séparation des amas

  9. Roulage fin et séchage

  10. Séchage final


Cette approche technique met en évidence l’importance du savoir-faire agricole et artisanal, tout en soulignant les mutations liées à la mécanisation à partir de la fin du XIXᵉ siècle.


L’ère industrielle et contemporaine


Le Oi Ocha Museum, attenant au premier espace, se concentre sur l’histoire récente du thé japonais, notamment sur le développement des boissons prêtes à boire. Le thé est désormais vendu en sachets, en bouteilles, et prêt à boire.

Il aborde des thématiques relevant de la recherche appliquée et de l’innovation industrielle, telles que :

  • les problématiques d’oxydation du thé,

  • la conservation des arômes,

  • l’évolution des emballages,

  • les stratégies de design et de communication.


L’exemple du thé en bouteille Oi Ocha illustre la manière dont une boisson traditionnelle a su s’adapter aux transformations des modes de vie urbains et contemporains, tout en conservant une forte identité culturelle.


Un musée comme outil de transmission culturelle


Le Ocha Culture Creation Museum se distingue par sa volonté de rendre le savoir accessible à un large public. Les supports sont pensés pour favoriser la compréhension, même sans connaissances préalables, tout en offrant plusieurs niveaux de lecture pour les visiteurs plus avertis.


Processus de fabrication du thé (Aracha)


Cette mécanisation transforme profondément les conditions de travail et permet une production à grande échelle.


Paysages et territoires du thé japonais

  • Préfecture de Shizuoka : première région productrice, avec plus de 20 zones célèbres comme Makinohara ou Kawane.

  • Préfecture de Kyoto (Wazuka) : berceau historique du thé, avec ses célèbres champs en cercles concentriques, véritables « jardins de thé circulaires ».

  • Préfecture de Kagoshima : production plus récente (années 1960), pensée dès le départ pour la mécanisation, offrant des paysages spectaculaires à 360°.


Le thé japonais et l’Occident : exportation et design


Au XIXᵉ siècle, le thé vert est l’une des premières boissons japonaises consommées en Occident. Son succès repose aussi sur son esthétique : les emballages sont ornés de motifs inspirés de l’ukiyo-e, de paysages exotiques, de fleurs, d’oiseaux ou de scènes de la nature. Ces images influencent durablement l’art et le design européens.

Les étiquettes Ranji, mêlant gravure sur bois japonaise et composition occidentale, témoignent de cette hybridation culturelle unique.


De la théière à la canette : la naissance d’« Oi Ocha »


Dans les années 1970, face à l’occidentalisation des habitudes alimentaires, le thé vert perd du terrain auprès des jeunes. La préparation traditionnelle est jugée contraignante.

Le défi pour la marque Oi Ocha : créer un thé vert facile à boire, partout, à tout moment.

Le principal obstacle est l’oxydation : le thé devient rouge et perd son arôme. Après dix ans de recherche, Ito En réussit à éliminer l’oxygène dans la canette. En 1985, le premier sencha en conserve au monde voit le jour… mais les ventes sont décevantes.

Le renouveau arrive en 1989 avec un nouveau nom : « Oi Ocha », plus accessible et convivial. Le design s’inspire du bambou, avec des formes douces évoquant le naturel et la tradition. Ce lancement marque un tournant décisif : Oi Ocha devient un succès majeur et symbolise la modernisation réussie du thé japonais.


Ocha Culture Creation Museum

Emplacement : The Old Shimbashi Station Railway History Exhibition Hall

Adresse : 内, 1 Chome-5-3 Higashishinbashi, Minato City, Tokyo 105-0021, Japon Téléphone : +81 3-6263-9281


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