きもの教本 マナー編 —Vol 3 part 3 Étiquette japonaise : savoir-vivre et kimono (école Hakubi)
Dernière mise à jour : 23 oct.
Hakubi Kyoto Kimono Gakuin (ハクビ京都きもの学院)
Précision de l'association : nous ne sommes pas des professionnels de la traduction ni du japonais. Ce texte a été réalisé avec beaucoup d'attention et de soin à partir de la lecture du volume 3 de ハクビ京都きもの学院 (Hakubi Kyoto Kimono Gakuin), paru en 1977, mais des coquilles, approximations ou erreurs de lecture peuvent malgré tout subsister, notamment sur certains noms propres ou certaines tournures de phrase. Nous partageons ce travail du mieux que nous pouvons, avec plaisir, et restons ouverts à toute correction.
Nous précisons enfin que les propos tenus dans ce texte sont ceux de l'école Hakubi, et non ceux de notre association.
Les règles vestimentaires japonaises selon l'école Hakubi
S'habiller selon le T.P.O.
On se fait souvent une première impression de quelqu'un à partir de son apparence. D'où l'importance de soigner sa tenue, de la choisir bien ajustée, et de s'habiller avec goût.
La règle d'or : s'habiller selon le Temps, le Place (lieu) et l'Occasion. Ne pas la respecter met tout le monde mal à l'aise -et porter des vêtements de marque ou très chers ne suffit pas à éviter le faux pas !)
On distingue deux grandes catégories :
Les tenues publiques, qui incluent la tenue de cérémonie (fêtes, deuils, réceptions), la tenue de société, et la tenue professionnelle (uniforme). Dès qu'on est en société, on s'y plie.
Les tenues privées, pour la ville, la campagne, le sport, le repos ou la maison. Là, tant que ça vous va, vous êtes libre.
Tenue occidentale vs kimono : deux logiques différentes
Côté occidental, on s'habille de plus en plus "habillé" à mesure que la journée avance : sportif le matin, chic le soir. Même logique pour la tenue de cérémonie, qui distingue jour et nuit.
Côté kimono, pas de distinction selon l'heure, mais une tradition bien ancrée : le changement de vêtement selon la saison (le koromogae). On porte le hitoe (non doublé) de juin à fin septembre, et l'awase (doublé) d'octobre à fin mai. Autre subtilité : pour la tenue de cérémonie la plus formelle, on distingue les femmes mariées des jeunes filles.
La hiérarchie des tenues
Côté occidental, du plus formel au plus courant :
L'habit à queue de pie (tail coat) : LE sommet du chic masculin, pour les dîners officiels, réceptions et audiences. Nœud papillon blanc obligatoire : d'où le surnom "white tie".
La robe décolletée (evening dress) : son équivalent féminin.
Le smoking : juste en dessous de l'habit, nœud papillon noir ("black tie").
La robe de cocktail : à l'origine pour les cocktails dès 17h, souvent utilisée comme version simplifiée de la robe du soir.
La jaquette (morning coat) : la version "jour" du formel masculin : cérémonies, déjeuners, garden-parties officielles.
La robe d'après-midi : équivalent féminin de la jaquette, pour mariages, déjeuners, thés, visites. Avec un chapeau, elle gagne en formalité (le chapeau reste réservé à la journée).
Le costume sombre : la demi-cérémonie, jour ou nuit. C'est aussi la tenue professionnelle classique (bleu marine ou gris). Les uniformes scolaires ou professionnels peuvent aussi servir de tenue de cérémonie, heureuse ou funèbre.
Côté kimono :
Le montsuki haori-hakama : LE kimono de cérémonie, jour comme nuit, avec les emblèmes familiaux. Pour un événement heureux, on ajoute un cordon de haori blanc et un éventail blanc.
Le tomesode à blasons(mon) : la tenue de cérémonie n°1 des femmes mariées. Le kuro-tomesode (noir, 5 blasons) est réservé aujourd'hui aux mariages. L'iro-tomesode (de couleur, 3 à 5 blasons) est bien plus polyvalent : mariages, Nouvel An, diverses cérémonies.
Le furisode à blasons : le grand furisode noir est pour la mariée uniquement ; le furisode de couleur est la tenue de cérémonie n°1 des jeunes filles. Plus les manches sont longues, plus le rang est élevé. On peut encore le porter un an ou deux après le mariage, tant qu'on n'a pas d'enfant.
L'iro-muji à blasons (kimono uni de couleur) : sans distinction d'âge ou de statut marital. Avec emblèmes, il convient pour des occasions assez formelles (entrée à l'école ou remise de diplôme d'un enfant, cérémonie du thé...).
Le hōmongi : avec ou sans blasons, très polyvalent comme tenue de société. Version élaborée : l'eba. Version simplifiée : le tsukesage.
Le komon, l'omeshi, le tsumugi : des tenues élégantes et personnelles, pour la ville.
Les règles du deuil
Côté occidental :
La jaquette, avec cravate et gants noirs, devient tenue de deuil : famille et invités la portent aux funérailles et jusqu'au troisième anniversaire du décès. Les proches (jusqu'au 4e degré) portent un brassard noir au bras gauche.
La robe d'après-midi en noir uni, accessoires noirs, collier de perles ou pierres noires.
Le costume sombre, avec cravate et chaussettes noires : version simplifiée pour les personnes moins proches, ou pour les proches lors d'une veillée improvisée ou après le 3e anniversaire.
La robe sombre (bleu marine, gris, violet) avec accessoires entièrement noirs : autre version simplifiée.
Côté kimono :
Le montsuki haori-hakama de deuil : cordon et sous-vêtements gris souris, pas d'éventail blanc.
Le kimono de deuil noir (kuro mofuku) : identique pour toutes, uni noir à 5 emblèmes, obi et accessoires noirs.
Le kimono de deuil de couleur (iro mofuku, demi-deuil) : glycine, gris souris, rouge azuki... avec 1 ou 3 emblèmes ; obi et accessoires en noir.
Les pierres précieuses de cérémonie
On compte environ vingt types de pierres utilisées en bijouterie. Parmi elles, les cinq grandes pierres précieuses : diamant, émeraude, rubis, saphir et perle (on y ajoute parfois le jade et l'œil-de-chat pour former les "sept grandes pierres"). Avec une robe du soir, de cocktail ou d'après-midi, la règle veut qu'on en porte au moins une.
Les plus recherchées :
le diamant taille brillant, blanc bleuté ;
l'émeraude taille émeraude, vert franc ;
le rubis taille en escalier, couleur ;
le saphir taille en escalier, bleu "bleuet" ;
la perle parfaitement ronde, blanc rosé.
On choisit la pierre en harmonie avec le rang et le style de la tenue : mais c'est bien la pierre qui prime, la robe venant en soutien !
En journée, on préfère les pierres plus discrètes : grenat, améthyste, aigue-marine, corail, sardonyx, topaze, turquoise, jade, ambre, malachite.
En soirée, place aux cinq grandes pierres et à leur éclat, ainsi qu'au rubis étoilé, au saphir étoilé, à l'opale, à l'œil-de-chat et à la pierre de lune.
Le diamant et la perle, "roi et reine" des pierres, s'affranchissent de toute règle d'heure ou de saison. La perle, symbole de larmes, se porte aussi en période de deuil. Quant à la bague de fiançailles et l'alliance, elles n'ont pas besoin d'être retirées pour des funérailles.
Avec le kimono, les bijoux se portent en obidome (fermoir d'obi), en bague, boucles d'oreilles ou ornements de coiffure. La perle reste la favorite, mais le jade, le corail, l'opale et l'agate, à l'atmosphère plus orientale, s'accordent très bien aussi.
Les pierres de naissance (d'après l'ouvrage)
Mois | Pierre |
Janvier | Grenat |
Février | Améthyste |
Mars | Pierre de sang et aigue-marine |
Avril | Diamant |
Mai | Émeraude |
Juin | Perle et pierre de lune |
Juillet | Rubis |
Août | Sardonyx à bandes rouges et péridot |
Septembre | Saphir |
Octobre | Opale |
Novembre | Topaze |
Décembre | Turquoise |
Les manières à table : cuisine occidentale et japonaise
Le menu complet à la française
Dans un repas complet, les plats se succèdent dans un ordre précis : hors-d'œuvre, potage, entrée (viande légère), rôti, poisson, salade, dessert, fruits, gâteau, café.
Le hors-d'œuvre se mange avec la fourchette la plus extérieure. S'il y a du fromage, de la saucisse, du jambon ou de l'œuf, on le coupe bouchée par bouchée : jamais tout d'un coup.
Le potage se prend en écopant vers l'extérieur avec la cuillère. Trop chaud ? On n'y souffle pas dessus. En fin d'assiette, on peut l'incliner légèrement vers soi pour finir.
L'entrée (viande) se mange en utilisant les couverts de plus en plus vers l'intérieur au fil du repas. Pour boire, on repose d'abord tous ses couverts.
Le poisson ne se retourne jamais : une fois le dessus terminé, on détache l'arête au couteau et à la fourchette pour accéder au filet du dessous.
Le rôti est en principe une viande, souvent du gibier ou de la volaille en Occident, plus souvent du poulet au Japon. On l'accompagne de vin rouge.
La salade se mange en même temps que le plat de viande, avant ou après selon les goûts : mais jamais en tartinant le pain avec ! Le pain, lui, ne doit pas être terminé avant la fin du repas : c'est un vrai tabou.
Le dessert (glace, bavaroise, pudding...) est le moment du toast au champagne, debout, et des discours de félicitations.
Le fromage se coupe selon ses goûts, en deux ou trois variétés, accompagné de crackers.
Les fruits se pèlent et se découpent au couteau et à la fourchette, en les tenant le plus haut possible ; on s'essuie ensuite les doigts avec la serviette prévue.
Le café se boit sucré et/ou avec du lait, en remuant d'une main tout en tenant la tasse de l'autre, anse tournée vers soi.
Les règles à ne surtout pas oublier
Ne retirez jamais vos couverts vous-même avant le service : laissez faire le personnel.
Ce n'est pas à l'invité de se servir dans le plat commun : c'est le rôle du personnel.
En fin de repas, couteau et fourchette se croisent dans l'assiette pour signaler qu'on a terminé. Pendant le repas ou en buvant, on les pose en croix ou en biais (sans qu'ils se touchent) pour indiquer une pause.
Pour vous absenter, posez votre serviette sur le siège (en la prenant par le côté gauche), jamais sur la table.
Pas de cure-dents à table : ça se fait après, dans un endroit dédié comme le vestiaire.
Sauf pour le champagne, pas besoin de finir son verre d'un trait.
Le digestif (brandy, cointreau, crème de menthe...) se sert dans un salon à part, après le repas.
Petit guide des fruits : pour le melon, fourchette en main gauche, couteau en main droite, on découpe en croisant les couverts en X sur la tranche puis on détache à la fourchette. L'orange se déguste en séparant les segments, la banane se pèle au couteau puis se coupe en tronçons.
À éviter : se pencher sur son assiette pour avaler tout rond ("manger comme un chien"), ou engloutir la bouche pleine à toute vitesse ("bec de héron"). En revanche, discuter avec ses voisins de table de façon détendue est tout à fait bienvenu, tant qu'on n'oublie pas les autres convives !
Le buffet, un art aussi
Le mot "buffet" vient du français et désigne à l'origine un meuble de service. Le repas en buffet, où l'on mange debout et se sert soi-même, se prête très bien aux grands groupes et aux ambiances décontractées : mélangeant parfois cuisine occidentale, japonaise et chinoise (yakitori, oden, sushi...).
Quelques règles :
On prend son assiette dans la pile prévue, sans se précipiter même en contexte informel.
On suit l'ordre logique du menu et on peut se resservir deux ou trois fois.
Mieux vaut prendre peu et se resservir que de trop prendre et laisser des restes et on évite de toucher plusieurs plats avec les mêmes couverts.
On tient son assiette sans gêner les autres : ni trop pleine, ni bancale, et on fait attention aux convives derrière soi.
Le toast se porte en levant légèrement son verre ("à votre santé" ou équivalent).
Le buffet, c'est aussi l'occasion d'échanger librement avec tout le monde, connu ou non avec un mot pour les plus âgés en particulier.
Pas besoin de saluer tout le monde en partant : un simple "je vous prie de m'excuser" suffit.
Les trois grandes traditions de la cuisine japonaise
La cuisine japonaise traditionnelle se divise en trois formes : le honzen ryōri (repas de cérémonie protocolaire), le cha-kaiseki (repas de la cérémonie du thé) et le kaiseki ryōri (repas de banquet).
Le honzen ryōri trouve son origine dans la cuisine de cour de l'époque de Heian, perfectionnée par le clan Ogasawara à l'époque de Kamakura. On le retrouve aujourd'hui dans les banquets de mariage et de deuil. Autrefois servi sur jusqu'à sept plateaux, il se limite désormais généralement à trois. Fait notable : en principe, on ne touche pas au repas tant que les invités sont là cadeaux et offrandes repartent intacts.
Le cha-kaiseki descend du repas monastique chinois de l'époque des Song, adapté par Sen no Rikyū, le père fondateur de la cérémonie du thé. L'assemblée compte généralement une petite dizaine de personnes ; l'invité principal s'assoit près du tokonoma (le renfoncement décoratif), tandis que le dernier invité souvent le plus expérimenté en cérémonie du thé, prend la place la plus discrète.
On s'installe les jambes légèrement en avant, pieds non croisés. L'hôte apporte lui-même les plats : à droite, le riz à gauche, la soupe au centre. Suivent, dans l'ordre : mets mijotés et/ou frits, poisson grillé, mets marinés au vinaigre ou aux herbes, mets grillés, riz, soupe miso, garniture parfumée, fruits, thé.
Quelques règles précises : la soupe se boit en entier, sans rien laisser ; le sashimi et les mets vinaigrés, disposés au centre, se mangent en même temps ; et on évite absolument de se servir dans le plat commun avec des baguettes retournées.
En fin de repas, on n'abandonne rien dans son bol : on essuie bols et baguettes avec du papier japonais (kaishi), et on remporte même les restes (os, coquilles) enveloppés dedans, tout comme le papier de bouche et les mouchoirs utilisés pendant la cérémonie.
Le kaiseki ryōri, né à l'époque d'Edo pour accompagner les banquets arrosés de saké, est aujourd'hui la forme la plus répandue de la gastronomie japonaise, avec ses variantes régionales. Menu type : accompagnement, hors-d'œuvre, sashimi, soupe claire, mets mijotés et/ou frits, mets grillés ou vinaigrés, riz, garniture parfumée, thé (l'ordre pouvant varier).
Un sac (même une simple poche plastique) permet parfois d'emporter les restes ou les petits cadeaux du banquet (sans que ce soit systématique). Avant le repas, on sert souvent pâtisseries et thé dans un salon séparé, avec un rince-doigts à l'eau tiède ou au thé de fleurs. L'hôte fait un discours, l'invité principal répond, puis tout le monde trinque en tenant son verre à deux mains.
Quelques usages à table : le poisson ne se retourne jamais une fois le dessus mangé. Pour se servir dans un plat commun, on utilise toujours des baguettes de service dédiées — jamais ses propres baguettes retournées. Attention aussi à ne pas faire couler le vinaigre des mets marinés.
Vers la fin du saké arrivent le riz et la soupe miso : on boit d'abord la soupe, puis on prend le riz sans jamais retourner le bol. Se resservir de riz est possible : il suffit de laisser une bouchée, de reposer le bol pour qu'il revienne rempli, en le tenant à deux mains à chaque échange. Les légumes marinés (tsukemono) se mangent à partir du deuxième bol de riz.
Les fruits, eux, ne se mangent jamais avec la peau : le melon se pèle et se pique bouchée par bouchée à la fourchette, le raisin se pèle à la main puis pépins et peau se retirent à la petite cuillère.
Les gestes à bannir avec des baguettes
Le livre en liste une dizaine, chacun avec son nom imagé :
Baguettes voraces : engloutir le contenu du bol en l'inclinant, comme un chien affamé.
Baguettes hésitantes : hésiter entre les plats en promenant ses baguettes au-dessus.
Baguettes d'accueil : redemander du riz sans avoir terminé le précédent.
Baguettes fouilleuses : remuer dans le plat pour dénicher le meilleur morceau.
Baguettes en larmes : attraper un morceau de loin en laissant couler la sauce.
Baguettes déplaçantes : déplacer un plat avec la pointe des baguettes.
Baguettes posées : poser ses baguettes en travers du bol.
Baguettes transpercées : piquer la nourriture avec la pointe.
Baguettes léchées : lécher ce qui y reste collé.
Baguettes arrachées : arracher un morceau à la bouche avec les baguettes, ou porter la nourriture directement à la bouche.
Plus généralement : pas de mastication bruyante, de succion, de claquement de langue, ni de coudes sur la table.
Petit bonus déco : en l'absence de porte-baguettes, on peut plier l'enveloppe des baguettes en un joli nœud décoratif appelé chiyo-musubi.
Et surtout : on cale son rythme sur celui des autres convives : ni trop vite, ni trop lentement !
Pour plus de vidéos explicatives: https://movie.japan-service.org/cat353/
Les manières à table en cuisine chinoise
Une cuisine aux mille visages régionaux
La cuisine chinoise varie énormément selon les régions, mais on la divise généralement en deux grandes traditions : la cuisine du Nord, centrée sur Pékin, et la cuisine du Sud, qui regroupe Shanghai, Canton et le Sichuan.
Le repas commence par du thé mais attention, la cuisine chinoise privilégie le thé vert : oolong, thé compressé en brique, thé au jasmin ou à d'autres fleurs séchées (le thé au cassier, ou guihua, en est un représentant emblématique), parfois agrémenté de pétales séchés.
On mange en général autour d'une grande table ronde, pour huit à douze convives, disposée de façon à alterner hommes et femmes.
Comme en cuisine occidentale, l'alcool accompagne les entrées. En amuse-bouche, on casse avec les dents l'écorce des graines de pastèque ou de courge grillées et salées, pour n'en manger que le cœur. Le premier verre se boit tous ensemble, cul sec : c'est le rituel d'ouverture du repas. Après quoi, plus besoin de finir son verre à chaque toast.
L'ordre des plats suit généralement ce schéma : mets frits, nouilles (sautées ou en soupe), plats en sauce ou vapeur, entrées froides, dim sum, soupe, puis dessert (soit huit à douze plats en tout, disposés au centre de la table.)
Comme en cuisine occidentale ou japonaise, il n'est pas rare que le glutamate ou d'autres exhausteurs de goût soient utilisés dans l'assaisonnement : mieux vaut donc rester mesuré si l'on est invité, par respect pour l'hôte.
Petit conseil pratique : ne vous jetez pas sur les premiers plats servis, d'autres arrivent en quantité généreuse ! Et sachez qu'on ne finit généralement pas complètement un plat. Autre point d'usage : entre invités, mieux vaut éviter cigares et cigarettes avant le dessert, par égard pour les convives qui n'apprécient pas la fumée.
Comment se servir dans un plat commun
Se servir mutuellement entre voisins de table n'est pas obligatoire, mais c'est un geste courant et apprécié. Si vous devez reposer vos baguettes en cours de repas, faites-le pointe côté manche (baguettes "retournées") (jamais pointe tournée vers le plat commun.)
Pour le canard laqué de Pékin : on prend la peau du canard, on l'étale sur la crêpe fine, on ajoute oignon nouveau cru et sauce à base de miso, puis on roule le tout en repliant bien les deux bords pour que la sauce ne s'échappe pas.
Pour les nouilles à l'igname en caramel (yamaimo no ame-ni) : baguettes en main gauche, on trempe rapidement les fils de caramel dans la petite coupe d'eau prévue à cet effet pour les couper avant de porter à la bouche.
Les nouilles, elles, s'enroulent avec les baguettes (main gauche) directement dans la cuillère chinoise, tenue en main droite.
Pour l'entrée froide, servie en plusieurs petites portions, on prend soin de ne pas mélanger les différents mets en se servant.
Le thé se boit en tenant la tasse à deux mains, couvercle ôté avant de porter à la bouche.
La carpe frite entière, quant à elle, est directement servie dans l'assiette de chaque invité par le personnel ( pas de découpe collective à table.)
Les manières lors d'une fête
Une fête, avant tout un moment de convivialité
Organiser une fête, c'est prévoir un moment convivial autour du boire et du manger. Le choix de la formule dépend de l'objectif et du degré de solennité recherché. Par ordre décroissant de formalité :
Le dîner (dinner party) le repas du soir
Le déjeuner (luncheon party) le repas de midi
Le cocktail (cocktail party) une réception autour de boissons
Le thé (tea party) une réunion autour de pâtisseries
Il existe aussi une formule plus légère : le petit-déjeuner d'affaires (breakfast party), pensé pour les emplois du temps chargés.
Les différents types de fêtes
Qu'elle soit organisée par un particulier ou une association, une fête peut célébrer un anniversaire, des fiançailles, un mariage, le Nouvel An, Noël... ou marquer un départ, un accueil, des retrouvailles, une commémoration, une œuvre de charité.
Il n'y a pas d'horaire fixe : selon l'objectif, on opte pour un dîner-buffet, un déjeuner-buffet, un cocktail-buffet, ou un service à table classique.
La réception, elle, désigne une grande fête en buffet libre, réunissant beaucoup de convives. Les formules "buffet-dîner", "buffet-déjeuner" ou "cocktail-buffet" décrivent toutes des repas où l'on se sert soi-même, debout, sans place attribuée (on parle aussi de "réception" quand cette formule accompagne un mariage.)
L'invitation
L'invitation officielle prend la forme d'une carte pliée en deux, blanche et sobre, précisant l'objectif, la date, l'heure, le lieu et les infos de stationnement, accompagnée d'une carte-réponse. Elle s'envoie environ trois semaines à l'avance, avec la tenue attendue précisée ("habillé" ou "tenue de ville").
Côté réponse : il est essentiel de confirmer sa venue (ou son absence) sans tarder: retarder sa réponse revient à obliger l'organisateur à relancer, ce qui manque de considération. Une réponse claire et soignée ("j'ai le regret de..." en cas d'absence, par exemple) reste de mise.
Pour les invitations avec places assises, comme un dîner complet, arriver en retard signifie s'installer alors que tout le monde est déjà en place (mieux vaut donc être ponctuel.) Si la participation aux frais ne se règle pas à l'avance, on la remet à l'hôte le jour même, sauf empêchement sérieux (maladie soudaine, par exemple).
La fête assise
Pour un repas complet à table, avec place attribuée, on arrive idéalement au moins cinq minutes avant l'heure prévue. Les personnes de rang moins élevé s'installent avant l'invité d'honneur ou les aînés : les faire attendre serait un manquement aux convenances. Pour un déjeuner sur invitation, on tient aussi compte de son propre rang par rapport à son accompagnant. Après l'apéritif, servi à part, on passe à table dans l'ordre des rangs, les personnes de rang supérieur en tête.
Le cocktail
À l'origine pensé pour l'échange professionnel entre hommes d'affaires, le cocktail reste une formule pratique pour recevoir beaucoup de monde sans contrainte d'horaire stricte.
Côté tenue : costume sombre ou tenue de sortie élégante pour les hommes ; robe habillée ou kimono de visite (hōmongi) pour les femmes. Et bonne nouvelle : quitter avant la fin n'a rien d'impoli !
Cette formule se déroule généralement entre 17h et 19h, avec des mets légers pour accompagner l'alcool (sandwichs, canapés, en-cas). À plus grande échelle, une réception de ce type peut rassembler plusieurs centaines, voire plus d'un millier de convives, c'est notamment le modèle utilisé pour les grands mariages réunissant écoles, entreprises et autres groupes.
Le thé
Formule plus intime, entre 15h et 17h, pensée pour approfondir les relations autour du thé et des pâtisseries. Les convives sont libres de converser et de circuler, dans une ambiance peu formelle.
Au menu : thé, café, gâteaux, biscuits, jus de fruits, limonade et autres sucreries.
Côté tenue : costume sombre ou tenue élégante pour les hommes ; pour les femmes, un kimono un peu plus habillé qu'un komon.
Les bons usages de la présentation
Quand deux personnes qui ne se connaissent pas se croisent à une fête, c'est à celui qui les connaît toutes les deux de faire les présentations. On présente d'abord la personne de rang (ou d'âge) inférieur à celle de rang supérieur, puis l'inverse, et il est essentiel de connaître le nom des deux parties avant de les présenter !
Une bonne présentation s'accompagne toujours de quelques mots de contexte ("C'est M./Mme Untel, qui travaille dans...") pour lancer la conversation. Et dans une ambiance conviviale, rien n'empêche de se présenter soi-même directement, sans attendre un tiers, avec une formule comme "Permettez-moi de me présenter".
L'art de la politesse à la japonaise : conversation, correspondance et rites de passage
Quand bien parler devient un art de vivre
Être poli en conversation, ce n'est pas multiplier les formules : c'est accorder une vraie attention à son interlocuteur. Peu importe qu'on ait ou non de la repartie, ce qui compte, c'est le soin mis dans le choix des mots et la considération humaine qu'on y met.
Encore faut-il doser : ni trop, ni trop peu. Rien n'est plus fatigant qu'un discours sans queue ni tête. On dit souvent que ceux qui parlent peu paraissent réfléchis, tandis que les bavards passent pour superficiels : la vérité est qu'il faut éviter les deux excès. Une parole mal pesée peut blesser, mettre en colère, ruiner une relation ou une affaire ; à l'inverse, les personnes réservées cachent souvent des qualités qu'on ne leur prête pas.
Enrichir son vocabulaire. La Bible ouvre sur « Au commencement était la Parole » ; le Japon, de son côté, s'est longtemps désigné comme « la terre bénie de l'esprit des mots ». Plus on possède de vocabulaire, plus on peut nuancer sa pensée et exprimer la culture qui la porte. C'est un patrimoine libre d'accès, qu'il suffit de vouloir enrichir.
Le pouvoir du regard. Regarder son interlocuteur droit dans les yeux en lui parlant inspire confiance ; baisser les yeux, regarder de côté ou fixer un point vague trahit un malaise qu'il vaut mieux corriger. En écoutant, on porte son attention sur l'autre sans le fixer avec insistance, on peut, laisser son regard se poser ailleurs pour détendre l'échange.
Cultiver sa voix
Beaucoup laissent leur voix se relâcher sans y prêter attention, alors qu'elle a besoin de liberté :vers l'aigu comme vers le grave. La plupart des gens n'exploitent, sans le savoir, qu'un tiers environ de leur registre naturel. Apprendre à parcourir toute sa gamme vocale, à travailler son accentuation et son intonation, n'est pas qu'une question de politesse : c'est une question d'aisance, en français comme dans toute autre langue.
Pour progresser, le premier réflexe est de s'enregistrer et de s'écouter sans complaisance. À l'état brut, une voix ressemble parfois à un cri d'animal, c'est l'entraînement conscient qui la transforme en timbre personnel et agréable. Actrices, doubleurs, chanteurs et présentateurs s'astreignent d'ailleurs à des exercices vocaux quotidiens pour affiner leur articulation.
Bien s'exprimer. Une prononciation trop dure fatigue l'oreille : mieux vaut un débit calme, une intonation modulée. Et surtout, ne jamais bâcler la fin de ses phrases. Les laisser filer sans les terminer clairement crée des malentendus. Un ton mesuré, jusqu'au bout de chaque phrase, rend le propos plus élégant et plus facile à suivre.
Les mots qu'on évite, les mots qu'on devrait dire plus souvent
Certains mots sont à bannir par respect pour la sensibilité d'autrui : l'argot grossier ou moqueur, les expressions péjoratives visant un handicap, les femmes, les enfants, certains métiers ou une origine ethnique, ainsi que les images trop crues évoquant la violence. Les chartes déontologiques des chaînes de radio et de télévision, qui interdisent certains termes à l'antenne, peuvent d'ailleurs servir de repère pour la conversation de tous les jours.
À l'inverse, trois mots mériteraient d'être répétés bien plus souvent : merci, excusez-moi, comment...?. On les réserve trop souvent aux inconnus (un vendeur, un chauffeur de taxi) et on oublie de les adresser à ses proches, ce qui est une négligence. Recevoir un service sans remercier, gêner sans s'excuser : voilà des manquements qu'il suffirait d'un peu d'habitude pour corriger.
Bien nommer son interlocuteur
Connaître le nom de la personne en face de soi est l'une des marques de respect les plus élémentaires. Un titre professionnel seul (président, directeur, chef de service) ne suffit pas toujours ; y ajouter le nom de famille est plus poli. Une fois la personne retraitée, on continue par déférence à la désigner par son dernier titre en exercice : comme on dirait « Maréchal Untel » ou « Ambassadeur Untel ».
Le vouvoiement crée une certaine distance ; appeler quelqu'un par son nom installe une proximité bien plus grande. En cas d'hésitation, il vaut mieux demander directement : « Comment dois-je vous appeler ? » plutôt que de risquer un nom approximatif. En revanche, aborder quelqu'un par une question frontale (sur son parcours, sa vie familiale ou personnelle) est à proscrire absolument.
Les sujets à éviter touchent presque toujours aux points faibles supposés de l'autre : profession, revenus, situation familiale, célibat, diplômes, âge, apparence physique. Ce sont des terrains à ne jamais aborder de but en blanc, et encore moins à critiquer devant témoins.
Le langage honorifique, et son équivalent en français
Le japonais distingue trois registres : le respect (tourné vers l'autre), l'humilité (tourné vers soi) et la politesse générale. Le français ne possède pas ces degrés grammaticaux, mais l'esprit reste transposable : un registre soutenu envers un supérieur (« Auriez-vous l'amabilité de… »), des formules plus humbles pour parler de soi (« Permettez-moi de… »). Attention toutefois à l'excès de formalisme, qui peut vite tomber dans la lourdeur.
Deux usages à retenir : on désigne sa propre épouse par un terme simple, jamais par un titre honorifique ; on parle de son propre enfant sans formule révérencieux, celle-ci étant réservée à l'enfant d'autrui.
Réussir un discours, une conversation téléphonique
Un discours de mariage ou de cérémonie se prépare à l'avance, dès qu'on sait qu'on en sera chargé, improviser dans l'urgence est le pire des scénarios. Structure claire, adaptation au niveau de l'auditoire, concision : ce sont les trois piliers d'une intervention réussie. Une page de 400 caractères se lit en environ une minute et demie (un bon repère pour calculer son temps de parole.) Les dix premières secondes sont décisives, car c'est là que l'attention du public est à son maximum : mieux vaut commencer d'une voix légèrement plus forte et plus lente qu'en conversation ordinaire.
Au téléphone, on prépare ses points essentiels avant de composer le numéro, on se présente clairement dès la prise de contact, et on clôt toujours par une formule de politesse avant de raccrocher doucement. Pour un correspondant absent, un message clair, précisant l'heure de rappel souhaitée sans l'imposer, suffit.
L'art de la lettre
Une belle lettre se reconnaît à quatre critères : un texte clair et adapté au destinataire, une graphie soignée, une mise en page agréable, et le bon moment pour l'envoyer. Il n'est pas nécessaire de s'en tenir à des formules figées, mais la familiarité doit rester mesurée, surtout envers un destinataire plus âgé ou hiérarchiquement supérieur.
Chaque type de lettre a son ton propre :
la lettre de faire-part va droit à l'information, sans détour ;
la lettre d'invitation s'exprime avec modestie et va directement à l'objet ;
la lettre de félicitations se veut chaleureuse, en évitant les mots de mauvais augure ;
la lettre de condoléances reste attentive à la sensibilité du destinataire, sans insister sur son épreuve ;
la lettre d'excuse reconnaît clairement la faute, sans excès ni minimisation ;
la lettre de refus exprime le regret tout en étant sans ambiguïté, pour ne laisser aucun faux espoir ;
la lettre de remerciement, même pour un geste modeste, se doit d'être rapide.
Sur la forme : une lettre s'articule en trois temps (introduction, corps, conclusion), l'introduction évoquant généralement la saison en cours. Pour une lettre urgente adressée à un proche, on peut se dispenser des formules d'ouverture ; face à un supérieur, en revanche, mieux vaut les conserver, ou s'excuser explicitement de cette entrée en matière abrupte.
Le cadeau, une parole silencieuse
Offrir un cadeau n'a rien d'une superstition dépassée : c'est une façon d'exprimer une gratitude ou une affection que les mots seuls ne suffisent pas à porter. Certaines croyances subsistent malgré tout (un mouchoir blanc, par exemple, reste associé au malheur) et chaussures ou chaussettes sont perçues comme des cadeaux trop utilitaires pour être élégants.
Deux traditions rythment l'année : le chūgen, autour de la mi-juillet, hérité d'une fête bouddhiste d'expiation mêlée aux offrandes agricoles de l'Obon ; et le seibo, cadeau de fin d'année qui trouve son origine dans les offrandes faites aux ancêtres pour le Nouvel An. On les offre à ceux envers qui l'on est redevable au quotidien : médecin de famille, professeur, entremetteur. En cas d'oubli, un cadeau tardif peut toujours être envoyé sous l'appellation de « salutations de fin d'été ».
Quelques usages pratiques : dans un cadre familial ou hiérarchique, un cadeau offert individuellement peut éveiller des soupçons de favoritisme : mieux vaut se cotiser en groupe. On ne donne jamais d'argent nu, toujours enveloppé. Et, contrairement à l'intuition, l'usage veut qu'on donne davantage à un supérieur qu'à un subordonné.
Les bonnes manières en voyage
Pour un vol intérieur, réserver un jour ou deux à l'avance suffit généralement ; le jour même, on se présente au comptoir au moins une heure avant le décollage. Les bagages en soute doivent être clairement identifiés, les objets de valeur toujours gardés sur soi. À bord, jeunes mariés, personnes âgées et familles avec de jeunes enfants ont traditionnellement priorité pour les meilleures places.
En voyage de groupe, s'absenter sans prévenir ou revenir en retard pénalise tout le monde : la discrétion reste la meilleure attitude. Côté hôtel, on réserve en précisant le type de chambre souhaité, on se présente directement à la réception à l'arrivée, on utilise le nécessaire de la chambre sans excès, et l'on règle sa note en partant. Le service en chambre est facturé environ 20 % de plus, et il n'est pas d'usage de le solliciter pour le petit-déjeuner sans demande spécifique.
Le mariage au Japon : des rencontres arrangées au banquet, un rituel en plusieurs actes
Le Code civil de l'ère Meiji, hérité de la classe guerrière d'Edo et centré sur la notion de « maison », a longtemps encadré le mariage japonais, limitant la liberté de choix du conjoint et le statut de l'épouse. Ce n'est qu'après-guerre, avec la nouvelle Constitution, que l'union fondée sur l'amour s'est généralisée,et il faudra attendre le milieu des années 1960 pour qu'elle dépasse en nombre le mariage arrangé traditionnel (miai).
Aujourd'hui, les couples examinent plus froidement des critères objectifs (environnement familial, santé, situation économique) qu'à l'époque où l'on s'en remettait au jugement des familles. On considère souvent qu'une formule hybride est la plus rationnelle : se rencontrer par présentation, puis laisser le temps confirmer les sentiments, sur une période de fréquentation raisonnable.
Solliciter un entremetteur. La démarche se fait de préférence en personne, accompagnée d'un petit présent, et complétée par un curriculum vitae, une fiche familiale et une photo de mariage arrangé.
Cette photo doit dater de moins d'un an et représenter fidèlement son sujet — un portrait en buste soigné, pris en studio, complété au besoin d'une photo en tenue quotidienne pour donner une image plus vivante et naturelle.
Le curriculum vitae présente, dans l'ordre : nom, date de naissance, adresse, parcours scolaire, profession, taille, poids. On y joint une fiche familiale mentionnant les proches parents avec leur lien de parenté, âge, études et profession (y compris les membres décédés) ainsi que, le cas échéant, une maladie grave dans la famille et, de plus en plus souvent, un certificat médical récent.
L'entrevue (miai). Face à une proposition transmise par un tiers, mieux vaut se renseigner discrètement avant de répondre plutôt que de juger sur un simple nom. Refuser catégoriquement d'emblée peut être perçu comme un manque d'égard envers l'entremetteur ; une formule mesurée est préférable à un rejet sec.
La rencontre se tient en général le week-end, en fin de matinée ou en début d'après-midi, autour d'un repas léger, chez l'entremetteur, dans un hôtel, un restaurant ou un lieu culturel.
L'ordre des places
L'entremetteur s'assoit au plus près de l'entrée.
Le côté masculin fait face au tokonoma (l'alcôve décorative), dos tourné à celui-ci, tandis que le côté féminin s'installe côté mur, entre les deux familles.
Les parents (ou leurs représentants) prennent place près de la personne qu'ils présentent.
Les deux jeunes gens s'assoient du côté le plus éloigné de l'entrée, la place la moins confortable protocolairement.
Parfois, ils sont placés face à face, ou côte à côte pour faciliter la conversation.
L'accompagnateur (tsukisoinin), s'il y en a un, se tient en retrait, en diagonale.
Les femmes évitent les endroits trop éclairés, en pleine lumière.
Qui accompagne la rencontre ?
De plus en plus, l'entremetteur seul suffit, et l'on en décide avec lui au cas par cas. Certains préfèrent même que les deux jeunes gens se rencontrent en sa seule présence. Les échanges y gagnent en naturel, sans le poids des familles, et l'aisance de l'entremetteur compense une éventuelle maladresse de l'un ou de l'autre.
La cérémonie bouddhiste (bussen kekkonshiki)
Le bouddhisme repose sur le principe des liens karmiques (innen). Même la rencontre entre deux inconnus n'est jamais un hasard : si deux êtres s'unissent, c'est en vertu d'un lien profond. Le mariage bouddhiste est donc une célébration devant Bouddha, en gage de gratitude pour ce lien.
Le lieu. La cérémonie se tient au temple, dans le pavillon principal (hondō) ou devant une statue de Bouddha, avec un prêtre pour officier. Elle peut aussi avoir lieu dans une salle de réception où l'on installe une image de Bouddha. À domicile, elle se déroule devant l'autel bouddhique familial, avec un brûle-encens.
Le déroulement.
Allocution d'ouverture.
Entrée du marié. Il entre par la porte de droite, accompagné de l'entremetteur, et attend devant l'autel.
Entrée de la mariée. Au son de l'orgue jouant la marche nuptiale, elle entre par la porte de gauche avec l'épouse de l'entremetteur. Une jeune parente ou amie non mariée la précède, portant les alliances sur un plateau.
Entrée de l'officiant (le prêtre, kaishi).
Lecture de la profession de foi. Le célébrant lit à voix haute une déclaration annonçant le début de la cérémonie.
Paroles du célébrant. Il évoque le lien karmique qui unit les deux êtres et le caractère précieux de leur union. L'assistance incline la tête pour l'écouter.
Encensement. Équivalent de l'offrande de la branche sacrée du mariage shintoïste : le marié dépose l'encens dans le brûle-encens de la main gauche et le pince de la main droite.
Serment. Les époux répondent chacun : « Je le jure. »
Coupe de félicitations. Tous se lèvent pour un toast, qui correspond aux trois libations shintoïstes.
Sermon du célébrant. Il enseigne aux nouveaux époux la voie du couple selon les préceptes bouddhistes. L'assistance écoute assise, les mains jointes.
Salutation et sortie. Tous joignent les mains et s'inclinent. Le marié, la mariée, l'entremetteur et son épouse sortent dans cet ordre, au son de la musique.
La remise du chapelet (nenju juyo). Au moment le plus solennel, le prêtre remet à chaque marié un chapelet, d'abord au marié, tenu de la main gauche et transmis de la main droite. La mariée le reçoit de la même manière. Le chapelet se conserve toute la vie comme symbole du serment prononcé.
La cérémonie chrétienne (kirisutokyō kekkonshiki)
Autrefois, on ne célébrait un mariage religieux que si l'un des époux était croyant. Aujourd'hui, de plus en plus de couples non croyants souhaitent se marier à l'église, ce qui reste possible avec l'autorisation du clergé. Le manuel avertit toutefois qu'un serment prononcé devant Dieu d'un air désinvolte n'a guère de sens : il faut s'engager avec la conscience de la solennité de l'acte.
Le cadre. La cérémonie a lieu dans la nef, devant l'autel, en présence des seuls proches. Les invités s'installent au plus tard cinq minutes avant l'heure. Un tapis blanc (virgin road) est déroulé au centre, menant à l'autel. Le côté droit est réservé à la famille du marié, le côté gauche à celle de la mariée. Au premier rang se tiennent les parents, puis les frères, sœurs et proche parenté. Amis et connaissances s'installent derrière.
Le déroulement (catholique et protestant, sans grande différence).
Allocution d'ouverture. Le pasteur présente les mariés et invite l'assistance à prier pour eux.
Entrée du marié. Accompagné du témoin (best man), il attend devant l'autel.
Entrée de la mariée. Au son de la marche nuptiale, elle avance au bras de son père, précédée d'un jeune page (le « porteur de fleurs ») et d'une fillette d'honneur qui répand des fleurs depuis une corbeille dorée. Les demoiselles d'honneur, dont l'une porte les alliances, l'accompagnent. Le père confie sa fille au marié, puis va s'asseoir au premier rang, près de la mère.
Hymne, précédé de sa lecture (dans le recueil japonais utilisé par le manuel, l'hymne n° 429).
Lecture des Écritures.
Prière.
Serment, moment le plus solennel : le pasteur se tourne vers les mariés.
Échange des alliances. Les demoiselles d'honneur les remettent au pasteur, qui les tend au témoin. Celui-ci ôte ses gants et les passe aux mariés. Le marié glisse l'alliance à l'annulaire gauche de la mariée, puis inversement.
Second hymne.
Bénédiction. Le pasteur fait se donner la main aux mariés et déclare l'union célébrée.
Sortie. Les mariés quittent l'église bras dessus, bras dessous par l'allée centrale.
La photo souvenir (kinen satsuei)
Entre la cérémonie et le banquet, on prend la photo de groupe. Face à l'appareil, le marié se place à droite, l'épouse de l'entremetteur à sa gauche, puis la mariée, et les parents du marié à côté d'elle. On ajoute ensuite, en partant des liens de parenté les plus proches, grands-parents, frères et sœurs au second rang, puis le reste de la famille derrière.
La pose.
La mariée est assise, les mains posées, le corps légèrement incliné, le bouquet tenu à deux mains vers le bas.
En tenue occidentale, elle relève légèrement l'éventail devant elle, mains gantées de blanc, doigts pointés vers le bas.
Le marié tient son chapeau haut de forme à deux mains, pointe vers le bas.
Une photo des seuls mariés clôt la séance.
La présentation des familles (shinzoku shōkai)
En attendant le banquet, mariés et familles se retrouvent en salle d'attente pour une présentation réciproque. Autrefois, les deux familles étaient séparées, alors qu'elles sont maintenant réunies. Chaque famille présente ses membres à tour de rôle, par ordre de proximité, avec le nom et le lien de parenté avec le marié ou la mariée. Chaque personne présentée salue d'un signe de tête. On veille à ne pas s'attarder, pour ne pas retarder le banquet.
Le banquet (hirōen)
Les places
La parenté est répartie de façon à border l'ensemble de la salle. On alterne en général hommes et femmes, ou l'on rapproche des personnes susceptibles de bien s'entendre pour animer la table.
La table principale, de gauche à droite en faisant face aux invités : le père et la mère de la mariée, l'entremetteur, le marié, la mariée, l'épouse de l'entremetteur, puis le père et la mère du marié. Quel que soit le style, occidental ou traditionnel, le marié se place presque toujours à gauche et la mariée à droite, l'entremetteur du côté du marié et son épouse du côté de la mariée. Certains établissements inversent parfois marié et mariée, selon les usages régionaux.
Les tables des invités. Supérieurs hiérarchiques, professeurs et relations importantes occupent la place d'honneur, la famille vient ensuite. Trois dispositions sont courantes : en fer à cheval, en peigne, ou dispersée.
L'accueil
Peu avant l'heure, les hôtes se postent à l'entrée de la salle, de gauche à droite : le père et la mère du marié, l'entremetteur et son épouse, le père et la mère de la mariée. Ils accueillent les invités avant l'entrée des mariés, d'un mot de bienvenue poli, sans longue conversation qui retarderait le programme.
Le déroulement
Allocution d'ouverture. Une fois les invités installés et le calme revenu, le maître de cérémonie annonce le début du banquet et se présente brièvement.
Salutation de l'entremetteur. Il se lève avec son épouse et les mariés, salue l'assistance, fait un bref rapport sur la cérémonie, puis présente le marié (caractère, famille, milieu, parcours) et la mariée de la même façon.
Discours de l'invité d'honneur, choisi parmi les invités de la table d'honneur.
Toast. L'invité désigné trinque au nom de tous. Les mariés se lèvent et s'inclinent en signe de gratitude, puis les autres invités lèvent leur verre à l'unisson, marié en tête.
Découpe du gâteau. Le couple tient le couteau ensemble : la main de la mariée est posée sur celle du marié (ou l'inverse selon les usages récents). Ils portent leurs gants s'ils sont longs, les ôtent s'ils sont courts. Le couteau retourne ensuite en cuisine pour la découpe réelle du gâteau, servi aux invités.
Repas.
Discours des invités. Ils parlent pendant le repas, sans excès de formalité, mais brièvement et avec soin. On préfère aujourd'hui un ou deux orateurs représentatifs de chaque côté.
Changement de tenue de la mariée (o-iro-naoshiお色直し). À un moment où le rythme du repas ralentit, la mariée se retire pour passer du kimono blanc immaculé (shiromuku) à une robe rouge éclatante. En version occidentale, elle passe du wedding dress à une robe de cocktail, de soirée ou d'après-midi, selon la mode. Les demoiselles d'honneur et l'épouse de l'entremetteur l'accompagnent. Autrefois limité à deux, le nombre de tenues tend aujourd'hui à se réduire à une, ou deux au plus.
Télégrammes de félicitations. Le maître de cérémonie les lit après les discours. S'ils sont nombreux, il peut n'en lire que les principaux, en deux temps.
Remerciements des mariés. Ils se lèvent et remercient l'assistance.
Remerciements de la famille. Le père de l'un des deux camps (ou un oncle en son absence) parle au nom des deux familles pour clore la série de discours.
Cadeaux souvenir (hikidemono 引出物). Les serveurs en distribuent un par table, et parfois les mariés font eux-mêmes le tour pour les remettre.
Clôture. Le maître de cérémonie prononce la formule de clôture.
Reconduite des invités. Les mariés se placent à la sortie, dans le même ordre qu'à l'accueil, et remercient chaque invité individuellement.
Après la cérémonie : voyage de noces, démarches et salutations dans le Japon traditionnel
Quand le banquet s'achève, le mariage ne l'est pas pour autant. Départ en voyage, formalités administratives, visites de remerciement : toute une série d'usages attend encore les jeunes époux. Et l'entremetteur, lui, ne tire pas sa révérence à la fin de la cérémonie.
Le départ en lune de miel (新婚旅行への出発)
Pendant le banquet, les mariés doivent parfois s'éclipser discrètement pour partir en voyage de noces, sans que les invités aient à patienter. Il faut donc choisir le bon moment et éviter tout empressement trop visible.
Les adieux
Le maître de cérémonie annonce le départ. Le marié prend la parole pour remercier l'assemblée, puis la mariée fait de même, en veillant aux invités jusque dans les moindres détails. Autrefois, il n'était pas rare de voir tout le monde se presser sur le quai de la gare ou à l'aéroport pour saluer le couple. Aujourd'hui, cet usage s'est fait plus discret. Il reste naturel que des amis proches ou des frères et sœurs souhaitent accompagner les mariés, mais on évite les attroupements trop bruyants ou trop nombreux.
Se tenir en voiture
Le marié est sans doute fatigué lui aussi, mais il doit veiller tout particulièrement au confort de sa femme : état du siège, bagages, tenue vestimentaire. En voiture, le couple est très exposé aux regards. Mieux vaut donc éviter les démonstrations d'affection excessives, sans pour autant se montrer distant : l'essentiel est de rester naturel.
Le savoir-vivre à l'hôtel
Le voyage de noces n'exige pas de conduite extraordinaire, mais quelques usages méritent d'être connus. On se coordonne avec le personnel de l'établissement, on soigne sa présentation, on marche naturellement, sans chercher à se faire remarquer et sans afficher d'attitude trop tendre en public.
Donner des nouvelles et ramener des souvenirs
Les parents et l'entremetteur doivent savoir où séjournent les mariés : on les prévient par téléphone, avant le départ ou à l'arrivée. À l'hôtel, on réserve un réveil matinal (le fameux « morning call ») et on prévoit de se lever tôt, vers 7 h. On évite aussi de faire attendre le service après 21 h pour les affaires à ranger. On soigne sa tenue, maquillage compris, sans salir le nécessaire de toilette. Au départ, futons ou lits sont rangés proprement et la chambre est laissée en ordre.
Côté souvenirs, une carte postale envoyée à l'avance aux parents ou aux amis proches fait toujours plaisir. Pour les cadeaux, on choisit des produits locaux ou régionaux, en quantité suffisante pour les deux familles, mais sans excès.
La déclaration de mariage (婚姻届)
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la cérémonie ne suffit pas à rendre un mariage valable. Ce qui fait juridiquement des mariés des époux reconnus, c'est le dépôt et l'acceptation de la déclaration de mariage à la mairie. Le point est d'autant plus important si le couple part à l'étranger juste après les noces : il faut alors avoir réglé la question du passeport au préalable, en comptant environ dix jours pour l'obtenir.
Il faut aussi veiller à la cohérence des informations. Un nom de famille différent ou la moindre discordance, et la déclaration risque d'être refusée. Elle se dépose au bureau d'état civil du lieu d'origine ou de résidence des époux, sur un formulaire fourni par la mairie. Elle porte la signature manuscrite et le sceau du mari et de la femme, chacun de son côté, ainsi que ceux de deux témoins majeurs, choisis librement. Il n'est d'ailleurs pas obligatoire que ce soient les témoins de la cérémonie.
Les autres démarches
On dépose en même temps la déclaration de changement de domicile et l'inscription au registre de résidence. Ces formalités à la mairie obéissent à des délais légaux : mieux vaut s'y prendre à temps, avec tous les documents nécessaires, pour ne pas être pris au dépourvu.
Les salutations après le mariage (結婚のあいさつ)
Rendre visite aux deux familles
Une fois le voyage de noces terminé, les mariés se rendent d'abord chez les parents du mari, qu'ils vivent ensemble ou séparément, en disant « Nous voici de retour ». Ensuite, ils vont ensemble saluer la famille de l'épouse, par ces mots : « Bonjour, nous venons vous rendre visite ». La formule marque que la mariée revient désormais dans sa famille d'origine en tant qu'invitée.
Les entremetteurs, eux, sont remerciés chez eux, si possible avec un présent offert au nom des deux familles.
Les connaissances
Aux proches venus au mariage, on distribue un souvenir enveloppé d'un nœud musubi-kiri (un nœud qu'on ne peut pas défaire), marqué du caractère « 寿 » (félicitations). On y joint parfois une carte de visite. Pour ceux qui n'ont pas pu se déplacer, un simple mot ou une petite attention suffit.
Les voisins
On rend visite aux trois maisons voisines de chaque côté, ainsi qu'à celle d'en face. On apporte un petit cadeau modeste (savon, articles ménagers), noué d'un ruban rouge et blanc et accompagné de la mention « Merci » ou « Avec mes salutations ».
Les beaux-parents
Chacun des époux exprime sa gratitude à ses propres beaux-parents en leur offrant un présent adapté, comme un vêtement ou un objet pour la maison. Le manuel indique une valeur généralement comprise entre 30 000 et 50 000 yens (un repère qui date de 1977).
Ceux qui ont aidé pour le voyage
Au retour, on rend visite aux personnes qui ont conseillé la destination ou procuré des billets, avec un petit souvenir rapporté du voyage.
Les remerciements après le banquet
On envoie une carte de remerciement aux invités qui n'ont pas pu assister à la cérémonie ou au banquet.
Les cadeaux en retour (お祝い返し)
En principe, on ne rend rien à ceux qui ont été conviés au banquet : leur présence est déjà une contrepartie. Il y a deux exceptions. Pour les personnes qui n'ont pas pu venir malgré l'invitation, ou qui ont offert un cadeau nettement plus généreux que la norme, on renvoie environ la moitié de la valeur reçue.
Le rôle de l'entremetteur (仲人)
Quand on vous sollicite
Si un ami vous demande de présenter l'un à l'autre un homme et une femme susceptibles de bien s'entendre, il faut commencer par rencontrer chacun séparément, pour bien cerner son caractère et ses souhaits. On examine ensuite avec soin si l'union semble adaptée.
Pendant l'entrevue
L'entremetteur veille à ce que les deux intéressés puissent réellement atteindre le but de la rencontre. Son rôle est de faciliter les échanges, sans trop intervenir ni monopoliser la parole. En amont, il présente clairement l'identité et les souhaits de chacun, mais il évite de rester si présent qu'il en devient gênant. Une fois les présentations faites, mieux vaut s'écarter un peu pour laisser les jeunes gens discuter librement.
Après l'entrevue
Pas question de presser les deux jeunes gens de répondre vite. L'entremetteur agit en conseiller avisé, attentif aux petites réticences que l'un ou l'autre pourrait ressentir, et recueille leurs impressions avec tact.
Le yūinō
Avant l'échange des présents de fiançailles, l'entremetteur s'accorde avec les deux familles sur le contenu et le montant, et veille à éviter tout malentendu, notamment sur les questions d'argent, toujours délicates.
Les préparatifs jusqu'à la cérémonie (挙式までの仲人の心得)
On consulte l'entremetteur sur la date, l'heure et le déroulement de la cérémonie, ainsi que sur le contenu du banquet. Il doit respecter la volonté des deux familles tout en jouant un rôle de médiateur équilibré, sans jamais donner l'impression de favoriser un camp.
Le jour J
L'entremetteur et son épouse se rendent tôt à la salle réservée aux mariés, avant le début de la cérémonie. Ils veillent au bon déroulement des choses, sans jamais passer pour de simples figurants : leur attitude doit rester sincère et engagée.
Pendant le banquet
Ils accueillent les mariés dans la salle d'attente, puis les accompagnent jusqu'à la table d'honneur au moment voulu. Leur rôle est avant tout protocolaire : saluer et servir de témoins symboliques du mariage. Mais ils doivent parfois intervenir très concrètement : accompagner la mariée lors du changement de tenue, veiller à ce qu'elle ne soit pas trop fatiguée, l'aider à se reposer un instant en coulisses si besoin, avant de la ramener discrètement dans la salle.
Une relation qui continue (仲人のつき合い)
Le rôle de l'entremetteur ne s'arrête pas à la cérémonie. Selon la coutume, il garde une place particulière dans la vie du jeune couple, un peu comme des parents de substitution, surtout pour les couples jeunes, qui s'appuient volontiers sur ses conseils au début de leur vie commune.
À la naissance d'un enfant, l'entremetteur envoie généralement un cadeau de félicitations, en argent ou en nature.
Naissance, enfance et fêtes de l'année : les grandes traditions japonaises
Du cinquième mois de grossesse au Nouvel An, en passant par les fêtes de l'enfance, les anniversaires de longévité et les rendez-vous du calendrier, voici un tour d'horizon des usages décrits dans la section « Cérémonies heureuses et fêtes annuelles ».
Avant la naissance : la fête de la ceinture de grossesse (帯祝い)
Au cinquième mois de grossesse, on célèbre le port de l'iwata-obi, une ceinture abdominale. On parle de « fête du port de ceinture » (着帯の祝い). La date n'est pas choisie au hasard : on retient le jour du Chien (inu no hi) du calendrier zodiacal japonais, car le chien passe pour mettre bas facilement. Nouer la ceinture ce jour-là est donc un gage de bon augure pour l'accouchement.
La ceinture a plusieurs rôles : stabiliser la position du fœtus, éviter le relâchement abdominal, protéger le ventre du froid et soutenir doucement son développement.
Une ceinture offerte par la famille
Autrefois, elle était en coton blanc, teint de motifs rouge et blanc pour l'occasion. La famille de la future mère la confectionnait, la lui offrait et la lui faisait porter.
Aujourd'hui, on utilise aussi une ceinture de soie rouge et blanche, pliée en deux, à trois pans, offerte par la famille de l'épouse. Elle mesure environ quatre mètres. On l'enveloppe dans du papier japonais marqué du caractère « 寿 » (félicitations) en écriture cursive, ou simplement de la mention « Félicitations », puis on l'offre avec une petite collation.
Qui noue la ceinture, et comment ?
La personne qui s'en charge s'appelle l'obiyaku. Autrefois, c'était la belle-mère ou l'épouse de l'entremetteur. Aujourd'hui, le rôle revient plus souvent à une sage-femme de la maternité ou à une infirmière.
Pour le nouage, on enroule la ceinture deux à trois fois autour du ventre en serrant fermement, en commençant et en terminant le pli à gauche. On glisse ensuite l'extrémité dans les plis pour la fixer, selon une technique précise.
La naissance (出産祝い)
Féliciter les parents
Autrefois, les célébrations de la naissance étaient assez formelles. On conviait proches, parents, entremetteur, femmes célibataires et sages-femmes à un banquet. Aujourd'hui, on se contente le plus souvent d'un geste simple envers la sage-femme ou le personnel soignant, avec un petit présent de remerciement.
Les félicitations se transmettent dès qu'on apprend l'accouchement, généralement par une visite à l'hôpital, sans tarder. Pour le montant du présent, tout dépend de la proximité avec les parents, mais environ 3 000 yens servent de repère général (chiffre de l'époque de publication, 1977). Mieux vaut interroger directement les proches plutôt que de deviner.
Quel cadeau offrir ?
Les vêtements pour bébé (beibii-doresu, du anglais « baby dress ») restent toujours appréciés. Il ne faut pas trop se concentrer sur ce type d'article, car les familles en reçoivent souvent en double. Les albums photo, les carnets de santé et autres objets pratiques sont bien accueillis.
La septième nuit et le livret de prénom (お七夜・命名書)
Le septième jour après la naissance a lieu une petite fête, l'o-shichiya, qui coïncide traditionnellement avec la cérémonie d'attribution du prénom (meimei-shiki). À l'hôpital, elle se limite parfois à peu de chose lorsque l'accouchement s'est bien passé. À la maison, on organise volontiers un vrai repas, avec du riz rouge et du saké, en invitant la famille proche et le voisinage.
Rédiger le livret de prénom
On prépare une feuille de papier japonais (hanshi), que l'on plie en deux. Sur la partie centrale, on écrit en grands caractères le prénom de l'enfant. À droite, on note sa date de naissance et le nom des parents. À gauche, on inscrit la date de rédaction du document. Le livret est placé traditionnellement dans l'alcôve (tokonoma) ou au-dessus du berceau, bien en vue.
Qui choisit le prénom ?
Autrefois, ce choix revenait souvent aux grands-parents paternels. Aujourd'hui, c'est de moins en moins le cas : le père s'en charge la plupart du temps. Le manuel reproduit à cet endroit la liste officielle des caractères autorisés pour les prénoms (人名用漢字, jinmeiyō kanji), accompagnée des caractères ajoutés par la suite. C'est un tableau de référence administratif, qui n'appelle pas de traduction.
Les premiers pas dans la vie sociale du bébé
La visite au sanctuaire (お宮詣り)
L'o-miya-mairi consiste à présenter l'enfant au dieu du lieu de naissance (ujigami 氏神). Les délais varient selon les régions, mais en général on s'y rend le 31ᵉ jour pour un garçon et le 32ᵉ pour une fille.
Parents et accompagnateurs portent une tenue semi-formelle. Autrefois, la mère portait un kimono noir. Aujourd'hui, on lui préfère un kimono de visite (hōmongi) uni ou à motif discret, un komon ou un haori à motif noir. Le bébé revêt un vêtement de cérémonie offert par la famille de sa mère. Après la visite, on salue traditionnellement la famille proche et le voisinage, même si cette coutume tend à se simplifier.
Le premier « repas » symbolique (お箸ぞめ / okuizome)
Au 100ᵉ jour (120ᵉ dans certaines régions), on célèbre un premier repas symbolique, l'okuizome, littéralement « faire semblant de manger pour la première fois ». Il s'agit de souhaiter que l'enfant ne connaisse jamais la faim.
Le bébé ne peut évidemment rien manger à cet âge. Le menu comprend traditionnellement du riz rouge, une petite friture de poisson entier et des légumes marinés dans divers assaisonnements. On y ajoute une pierre, symbole de robustesse et de dents solides, que l'on touche symboliquement aux lèvres de l'enfant.
La vaisselle est traditionnellement en laque. On utilise aujourd'hui plus volontiers de la céramique ou de la poterie, plus simples. Les baguettes sont en bois de saule.
Les fêtes de l'enfance
Le 3 mars : la fête des poupées (ひな祭り)
Le 3 mars est la fête des filles, aussi appelée jōshi no sekku 上巳の節句 (fête du « haut-Serpent », le premier jour du Serpent du mois). Dans l'ancien calendrier, cette date correspondait au 3ᵉ jour du 3ᵉ mois lunaire, d'où son nom. On l'appelle aussi fête des pêchers (momo no sekku 桃の節句), car les pêchers sont alors en fleur.
Elle vient d'une ancienne coutume chinoise de purification du mal (yakubarai 厄払い), qui s'est mêlée au jeu des poupées (hina asobi ひな遊び), lui aussi importé de Chine.
Le manuel décrit ensuite le dispositif traditionnel des poupées hina, disposées en rangées : l'Empereur et l'Impératrice au sommet, puis les dames de cour, les musiciens, les ministres, etc. Il évoque aussi les mets associés : riz coloré, saké blanc sucré, fleurs de pêcher.
Le 5 mai : la fête des garçons (端午の節句)
Le 5 mai est consacré à la croissance des garçons. On l'appelle aussi fête de l'iris d'eau (shōbu) ou fête des poupées guerrières (musha-ningyō 武者人形). Le mot shōbu 菖蒲 évoque, par homophonie, l'esprit martial (尚武, shōbu, « respect de la force »).
Pour un garçon, les proches offrent traditionnellement des poupées de guerrier, surtout du côté de la famille maternelle. Aucune règle stricte ne fixe la date d'envoi, mais on les offre généralement avant le 20 avril. On y joint des fleurs d'iris, du saké, des brochettes de riz enveloppées de feuilles de bambou (chimaki 粽) et des mochis enveloppés de feuilles de chêne (kashiwa-mochi 柏餅).
Le décor traditionnel comprend une armure miniature, un casque, des bannières de carpes (koinobori 鯉のぼり), de petits drapeaux, un tambour, etc.
Le 15 novembre : Shichi-Go-San (七五三)
Le 15 novembre, on célèbre les garçons de 5 ans et les filles de 3 et 7 ans. On les habille de leurs plus beaux atours et on les mène au sanctuaire local, pour remercier les dieux de leur bonne santé et prier pour leur avenir.
La fête viendrait de coutumes de l'époque d'Edo, qui marquaient trois étapes de l'enfance :
à 3 ans, le kamioki (« lâcher de tonsure »), moment où l'on cesse de raser la tête des petits ;
à 5 ans, le hakamagi, premier port du hakama pour les garçons ;
à 7 ans, l'obitoki, premier vrai obi pour les filles, qui marque la fin du simple cordon enfantin.
Les cadeaux sont souvent des friandises (les bonbons « de mille ans », chitose-ame), des articles scolaires, des jouets, etc.
Entrée à l'école, scolarité, remise de diplôme (入園・入学・卒業)
Ces moments marquants se fêtent généralement en famille proche, parfois avec un repas de fête à la maison ou au restaurant. On offre des fournitures scolaires ou des articles utiles pour la nouvelle étape (cartable, trousse, etc.). Quand la remise de diplôme et l'entrée dans une nouvelle école tombent la même année, on privilégie un présent lié à l'entrée dans l'établissement suivant.
Devenir adulte : la cérémonie de la majorité (成人式)
Dans les maisons de guerriers, depuis l'époque d'Edo, le passage à l'âge adulte donnait lieu à un cérémonial précis : on rasait le front (maegami 前髪). La population l'a ensuite repris, sous le nom de genpuku 元服.
Pour les filles, on relevait les cheveux jusque-là portés détachés en un chignon formel : c'est le kami-age, parfois associé au premier port de l'épingle à cheveux traditionnelle (kōgai こうがい), souvent célébré à l'approche du mariage.
Aujourd'hui, le Japon célèbre une journée nationale de la majorité le deuxième lundi de janvier. Chaque commune organise alors une cérémonie officielle pour les jeunes qui ont eu 20 ans dans l'année écoulée. Les hommes portent le costume sombre. Les femmes revêtent traditionnellement le furisode aux manches longues, même si certaines choisissent aujourd'hui une tenue occidentale plus sobre.
Fêter la longévité (賀寿の祝い)
Ces célébrations s'appellent aussi « fêtes d'âge » (toshi-iwai). Avec l'allongement de l'espérance de vie, beaucoup de gens sont encore très actifs à 60 ou 70 ans, et les intéressés n'aiment pas toujours être traités en personnes âgées. Mieux vaut donc s'informer de leur sentiment avant d'organiser une grande fête. Le koki (70 ans) reste en général bien accueilli par la personne concernée.
Âge | Nom | Origine du nom |
61 ans (âge traditionnel, kazoe-doshi) | Kanreki (還暦) | On retrouve le signe du zodiaque de sa naissance, d'où l'expression « retour au calendrier » (honke-gaeri), un retour symbolique à l'état de nourrisson. On offre un bonnet et un gilet rouges. |
70 ans | Koki (古稀) | Tiré d'un vers du poète chinois Du Fu : « Depuis toujours, il est rare de vivre jusqu'à soixante-dix ans. » |
77 ans | Kiju (喜寿) | La forme cursive du caractère « 喜 » (joie) ressemble à l'écriture de « 七十七 » (soixante-dix-sept). |
88 ans | Beiju (米寿) | Le caractère « 米 » (riz) se décompose en « 八十八 » (quatre-vingt-huit). |
99 ans | Hakuju (白寿) | « 百 » (cent) privé de son trait du haut donne « 白 » (blanc) : cent moins un. |
Ces fêtes sont en général organisées par les enfants, les petits-enfants ou les proches, dans un cadre convivial, à domicile ou dans une salle privée de restaurant, avec la famille proche et quelques intimes. Le présent est traditionnellement un objet utile au quotidien : plaid, canne, chaussons, kimono d'intérieur, calligraphie encadrée, bonsaï, etc. Les remerciements en retour se font sous la mention Uchiiwai (« cadeau intérieur »).
Le Nouvel An (お正月)
Les décorations
Le pin de bienvenue (門松). On installe traditionnellement un pin devant chaque maison : il sert de support à la divinité de l'année (Toshigami) pour descendre du ciel. Autrefois, on allait le couper soi-même en montagne vers la mi-décembre. Aujourd'hui, on l'achète le plus souvent tout préparé.
La corde sacrée (しめ飾り). On la suspend aux montants de la porte ou de l'entrée, pour couper symboliquement toute souillure de l'année passée et accueillir la divinité de la nouvelle année avec un cœur pur.
La période du pin (松の内). Elle désigne le temps pendant lequel on garde le pin et les autres décorations, généralement jusqu'au 7 janvier, parfois jusqu'au 15 selon les régions. Jusqu'à l'époque d'Edo, on brûlait les décorations le 15 janvier, pour marquer la fin des festivités.
Les fleurs du Nouvel An. On choisit traditionnellement le pin, le bambou et le prunier, symboles de bon augure. S'y ajoutent des choux ornementaux, l'adonis (fukujusō), le nandina (senryō), le narcisse et la spirée (yukiyanagi), toutes plantes associées à cette période.
Le mochi miroir (鏡餅). Son nom viendrait de sa ressemblance avec les miroirs métalliques ronds de l'Antiquité, objets sacrés. Selon certaines traditions, il représenterait aussi le reflet de l'âme humaine, destiné à prolonger la vie, d'où le lien avec la « purification » (sic, d'après le manuel). D'autres y voient simplement le fruit d'une évolution progressive des coutumes.
On le pose sur un support en bois spécial (sanpō), orné de feuilles de fougère dentée (urajiro), d'un éventail et de papier plié décoratif. Il se compose de deux galettes rondes empilées, la grande en bas et la petite au-dessus, surmontées d'une mandarine amère (daidai). On peut y ajouter des crevettes séchées, du kombu enroulé, des marrons, du kaki séché, du riz soufflé, etc. On le place dans l'alcôve (tokonoma) ou, à défaut, près du pilier principal de la pièce.
Les plats du Nouvel An (おせち料理)
Les osechi s'appelaient autrefois sechi-ryōri, les « plats des fêtes saisonnières ». Ils étaient servis à la cour impériale lors des cérémonies des cinq fêtes saisonnières. Aujourd'hui, le terme désigne surtout les plats du Nouvel An.
Chaque ingrédient a sa signification : le tazukuri (petits poissons séchés confits) pour une bonne récolte, le kombu pour la joie (yorokobu), les haricots noirs pour la santé (mame évoque la robustesse), etc. Les saveurs occidentales et chinoises se mêlent volontiers à la tradition.
À l'origine, on empilait quatre coffrets (jūbako), garnis chacun de mets différents selon un ordre précis : premier, deuxième et troisième étage, puis un quatrième, appelé « étage de correspondance » (yo no jū), qui évite le chiffre quatre, homophone de « mort ». Aujourd'hui, on préfère couramment un coffret à deux niveaux garni d'assortiments.
Le saké épicé (屠蘇) et le repas de fête (祝い膳)
Le nom du toso vient d'une ancienne expression chinoise signifiant « éliminer les miasmes malfaisants et faire revivre l'âme ». C'est un saké aromatisé aux herbes médicinales, bu le matin du Nouvel An pour prolonger la vie et chasser les mauvais présages de l'année à venir.
On le prépare avant le Nouvel An, en laissant infuser un petit sachet triangulaire d'herbes dans du saké ou du mirin. On le boit dans de petites coupes empilées, la plus petite au-dessus, à raison de trois gorgées par coupe, dans l'ordre petite, moyenne, grande. La tradition veut qu'on serve d'abord les plus jeunes, puis les plus âgés.
Le matin du Nouvel An, la famille se retrouve autour du zōni (soupe de mochi) et des mets de fête préparés à l'avance, offerts d'abord à la divinité de l'année avant d'être partagés.
La première visite au sanctuaire (初詣)
Aujourd'hui, le hatsumōde désigne la visite au sanctuaire entre le 1er et le 2 janvier. Autrefois, il s'agissait plus largement de la veillée au sanctuaire (ujigami) dès la nuit de la Saint-Sylvestre, sans se limiter au matin du jour de l'An.
À l'origine, on se rendait à son sanctuaire local. Aujourd'hui, on choisit plus librement un sanctuaire réputé, selon sa dévotion personnelle : l'essentiel reste l'intention de se recueillir pour la nouvelle année. Une visite après les 108 coups de la cloche de la veillée (joya no kane) suffit à dire qu'on a accompli son hatsumōde.
Les visites de début d'année (年始回り)
Il s'agit de visites de politesse à la famille principale et aux proches. Cette coutume était particulièrement respectée autrefois dans les familles marquées par une distinction stricte entre branche principale et branches cadettes.
Elle viendrait de l'usage des gens d'un même quartier ou milieu professionnel de se retrouver pour accueillir la nouvelle année : apprentis et employés se rassemblaient chez le patron pour échanger leurs vœux.
Les étrennes (お年玉)
À l'origine, l'otoshidama désignait le mochi offert à la divinité de l'année, un présent censé transmettre symboliquement « l'âme » de la nouvelle année. Autrefois, on offrait un petit mochi à chaque membre plus jeune de la famille le matin du Nouvel An. Aujourd'hui, ce sont des étrennes en argent de poche, données aux enfants de la famille, de la parenté proche, voire aux enfants des employés ou apprentis les plus proches.
Après les fêtes
La bouillie aux sept herbes (七草がゆ)
Le matin du 7 janvier, on prépare une bouillie de riz aux sept herbes (nanakusa-gayu). Cette coutume, d'origine chinoise, est devenue l'une des cinq grandes fêtes saisonnières (sekku) depuis l'époque de Kamakura.
Les sept herbes sont seri, nazuna, gogyō, hakobera, hotokenoza, suzuna et suzushiro. On leur prête des vertus bénéfiques, censées prolonger la vie et prévenir la maladie après les excès du Nouvel An. Cette pratique se justifie aussi sur le plan médical moderne (apport en vitamines et minéraux après les repas copieux). Elle reste bien connue aujourd'hui, notamment des pratiquants d'arts martiaux (budō), qui l'appliquent volontiers par discipline personnelle.
L'ouverture du mochi miroir (鏡開き)
Le mochi miroir déposé dans le tokonoma est partagé en famille le 11 janvier, lors de la cérémonie du kagami-biraki (« ouverture du miroir »). On le rompt puis on le mange ensemble, en remerciement à la divinité de l'année pour la prospérité du foyer.
On ne le coupe jamais au couteau, geste associé symboliquement à une rupture malheureuse. On le brise à la main ou au maillet de bois, et l'on dit « ouvrir » plutôt que « couper ».
Setsubun (節分)
Dans l'ancien calendrier, setsubun marque le changement de saison : c'est la veille du début du printemps (risshun), la fin du grand froid et l'annonce symbolique d'une nouvelle saison.
Ce jour-là, le chef de famille lance des haricots de soja grillés en récitant « Dehors les démons, dedans la fortune ! » (Oni wa soto, fuku wa uchi), en ouvrant successivement fenêtres et portes de chaque pièce. La coutume vient d'un rite exorcisant de l'époque de Heian, importé de Chine et appelé tsuina (« expulsion rituelle »), qui s'est combiné avec le lancer de haricots. En protection contre les mauvais esprits, on fixe aussi au portail ou aux fenêtres une tête de sardine grillée piquée sur une branche de houx (hiiragi).
La méthode traditionnelle :
On fait griller les haricots de soja et on les place dans une mesure en bois (masu).
On dépose celle-ci en offrande sur l'autel domestique en fin d'après-midi.
La nuit tombée, le chef de famille lance les haricots pièce par pièce, en commençant par celle qui est la plus proche de l'entrée.
Selon la croyance populaire, manger ensuite autant de haricots que son âge, plus un, porte chance pour l'année.
L'équinoxe (彼岸)
L'équinoxe de printemps et celui d'automne sont aujourd'hui des jours fériés. Ils marquent une période de sept jours centrée sur l'équinoxe (trois jours avant, trois jours après). Dans la tradition bouddhiste, on associe cette période à la Terre pure, située loin à l'ouest, là où le soleil se couche à l'équinoxe. Cette direction favoriserait le recueillement tourné vers l'au-delà.
Pendant cette semaine, on se rend au cimetière familial pour nettoyer la tombe et y déposer fleurs et encens. Selon les familles, on fait aussi réciter des sûtras par un moine. Les offrandes typiques sont les ohagi (boulettes de riz gluant enrobées de pâte de haricots rouges), l'encens, les fleurs et des mets appréciés du défunt ou de ses proches.
Les fêtes et coutumes de l’année au Japon : des étoiles aux ancêtres
Le calendrier japonais est rythmé par de nombreuses fêtes, familiales ou saisonnières, venues de Chine, d’Occident ou de la tradition bouddhique. Voici un tour d’horizon, de mai à décembre, d’après un manuel d’étiquette japonais.
Fêtes des Mères, des Pères et des Grands-parents
La Fête des Mères tombe le deuxième dimanche de mai. Elle naît en 1908 aux États-Unis, lorsqu’Anna Jarvis commémore le jour anniversaire du décès de sa mère par une cérémonie religieuse. Le Congrès américain en fait ensuite une fête nationale dédiée aux mères, « la plus belle fête au monde ».
On offre traditionnellement un œillet rouge à sa mère si elle est vivante, et un œillet blanc si elle est décédée, parfois déposé sur sa tombe. Après la guerre, la coutume s’est largement répandue au Japon, les enfants portant volontiers un œillet à la boutonnière en symbole de l’amour maternel. C’est l’occasion d’exprimer sa gratitude : fleurs, mais aussi parfois un petit voyage, une sortie culturelle, ou ce qui lui ferait particulièrement plaisir.
La Fête des Pères, le troisième dimanche de juin, est elle aussi d’origine américaine. Son adoption au Japon est plus récente et encore en cours de diffusion.
La Fête des Grands-parents correspond à la Journée du respect pour les personnes âgées (Keirō no hi), le 15 septembre. Cette fête nationale honore les aînés et invite à réfléchir au bien-être des personnes âgées. Beaucoup de régions organisent des événements en l’honneur de la longévité. Il est d’usage d’inviter grands-parents ou personnes âgées proches à un repas convivial, ou de leur offrir un petit cadeau en gage de respect et d’affection.
Tanabata, la fête des étoiles (七夕)
Le 7 juillet, on célèbre une légende chinoise : le Bouvier (Altaïr) et la Tisserande (Véga), enfants du Souverain céleste, furent punis pour avoir négligé leur travail par amour. Séparés par la Voie lactée, ils ne peuvent se retrouver qu’une fois par an, le 7 juillet, en traversant la rivière céleste.
Cette légende se mêle à une ancienne coutume : demander à l’étoile Tisserande des progrès dans les arts du tissage et de la couture. Aujourd’hui, on suspend à des branches de bambou des bandelettes de papier de cinq couleurs portant des vœux personnels, dans l’espoir qu’ils se réalisent.
On dit aussi que si l’on dilue l’encre avec la rosée du matin recueillie sur des feuilles de taro pour calligraphier son vœu, les progrès en écriture et dans les arts seront d’autant plus rapides.
Autrefois, le bambou dressé devant chaque maison était jeté à la rivière ou à la mer le soir du 7 ou le lendemain. Cette pratique est aujourd’hui interdite en ville pour des raisons environnementales : on préfère brûler le bambou dans son jardin.
Obon, la fête des morts (お盆・盂蘭盆)
Urabon vient du sanskrit ullambana, « souffrance suspendue la tête en bas ». Le terme renvoie à un épisode où un disciple de Bouddha vit sa mère souffrir dans le royaume des esprits affamés (gaki-dō) pour l’avoir sauvée, et organisa une cérémonie de prière collective en son honneur. De cette fête bouddhique est née, au Japon, une importante tradition de culte des ancêtres, mêlée à des croyances autochtones sur les esprits des défunts.
Le feu d’accueil et le feu d’adieu (迎え火・送り火). La veille d’Obon, le 13 juillet (ou le 13 août dans les régions qui suivent l’ancien calendrier, un mois plus tard), on allume devant l’entrée de la maison un petit feu de paille de chanvre (ogara). Il accueille et guide les esprits des ancêtres de retour parmi les vivants. On l’allume avec recueillement, mains jointes, en évoquant les défunts. Le 16 juillet, au terme d’Obon, on allume de nouveau un petit feu, cette fois pour « raccompagner » les esprits sur le chemin du retour.
L’autel des esprits (精霊棚). Pendant Obon, on nettoie l’autel bouddhique familial et on dresse un autel temporaire dédié aux esprits (shōryōdana), orné d’un tissu blanc et garni de petites tables basses traditionnelles. On y dispose fruits de saison, légumes, encens, cloches, ainsi que de petits animaux confectionnés avec des concombres et des aubergines, qui représentent les montures des esprits pour leur voyage. On y place aussi une tablette funéraire (ihai), de l’eau fraîche, des boulettes de riz blanches et d’autres offrandes.
La lecture des sûtras à domicile (棚経). Pendant Obon, un moine bouddhiste vient réciter les sûtras devant l’autel temporaire de chaque maison affiliée à son temple. On invite parents, proches et connaissances à partager un moment convivial autour de ce rituel, sans qu’il s’agisse d’une réception formelle. Pour rémunérer le moine, on prépare une enveloppe spéciale (o-fuse), généralement d’environ 5 000 yens selon les usages locaux. Le montant varie beaucoup selon la région et le temple (chiffre de l’époque de publication du livre, 1977).
La visite au tombeau familial (墓参). Elle a lieu officiellement le 13 juillet (jour d’accueil des esprits) ou, selon les régions, les 15 et 16 juillet (jour d’adieu), en gage de respect envers les ancêtres.
L’envoi des esprits par l’eau (精霊流し). Le soir du 16 juillet, on pratique parfois la cérémonie du shōryō-nagashi : on dépose sur l’eau (rivière ou mer) de petites offrandes flottantes en hommage aux esprits, pour les accompagner symboliquement dans leur retour, parfois avec de petites lanternes flottantes (tōrō-nagashi). Dans la tradition bouddhiste Shin, en revanche, ces rituels (feu d’accueil, feu d’adieu, offrandes flottantes) ne sont pas pratiqués.
La pleine lune d’automne et la fête du Chrysanthème (中秋の名月・重陽の節句)
La pleine lune de mi-automne. Le 15e jour du 8e mois du calendrier lunaire est dédié à la contemplation de la pleine lune, « la belle lune de mi-automne » (chūshū no meigetsu). Devant une petite table basse tournée vers la lune, on dispose des boulettes de riz empilées, du raisin, des poires et d’autres fruits ronds, ainsi que des épis de miscanthus (susuki) qui évoquent symboliquement les épis de riz.
On l’appelle aussi « lune du taro » (imo-meigetsu), car on y présente du taro nouvellement récolté. Le 13 du 9e mois a lieu une seconde contemplation, associée aux marrons et au soja vert frais : c’est la « lune des haricots » ou « lune des marrons ». Ne célébrer qu’une seule des deux pleines lunes est traditionnellement considéré comme malchanceux : c’est la « lune borgne » (katatsuki-zuki).
La fête du double neuf (重陽の節句). Le 9 septembre, aussi appelée fête du chrysanthème (kiku no sekku), était considérée dans la Chine ancienne comme un jour particulièrement faste, à cause de la répétition du chiffre neuf (yang, principe actif). On y buvait du saké parfumé au chrysanthème, censé prolonger la vie et préserver la santé. La coutume serait arrivée au Japon dès le début de l’époque de Heian, avec des expositions de chrysanthèmes et d’autres festivités, une pratique encore vivante dans certaines régions.
Noël et le mois de décembre (クリスマス・師走)
Noël célèbre la naissance du Christ, fête majeure des chrétiens, catholiques comme protestants. Il est centré sur le 25 décembre, mais les célébrations commencent dès la veille (Christmas Eve) et s’étendent jusqu’au Nouvel An dans de nombreux pays occidentaux. La veillée comprend traditionnellement une messe, puis un repas de fête en famille ou entre proches : dinde, ou poulet au Japon en guise de substitut, et gâteau en forme de bûche.
Le houx (hiiragi), dont les feuilles piquantes sont censées repousser le mal, sert de décoration, notamment en couronne à la porte. Les cadeaux s’échangent la nuit du 24 : les enfants placent leurs chaussettes au pied du sapin ou de la cheminée en attendant le Père Noël, mais les adultes aussi s’offrent des présents en signe d’affection.
Décembre, shiwasu (師走), est le mois des préparatifs de fin d’année : grand nettoyage de la maison (autel bouddhique, étagère shintoïste), règlement des comptes de l’année, derniers achats pour les fêtes. Le grand nettoyage se fait traditionnellement avant le 13 décembre, début des préparatifs pour accueillir la divinité de l’année nouvelle, même si l’on s’y met souvent plus tard, juste avant le Nouvel An.
La nuit du Nouvel An (Ōmisoka). Manger des nouilles soba le 31 au soir symbolise « rassembler » les bonnes fortunes, l’or et l’argent, une coutume d’origine chinoise ancienne. Autrefois, on veillait toute la nuit en se rendant au temple ou au sanctuaire local pour prier (toshigomori), à la frontière entre l’ancienne et la nouvelle année. À minuit, la cloche de chaque temple sonne 108 fois, afin de purifier les fidèles de leurs tourments avant l’année nouvelle. Le manuel donne deux explications : les 108 passions terrestres de l’être humain (bouddhisme), ou les 24 périodes solaires et 72 micro-saisons du calendrier traditionnel chinois.
Les cadeaux de mi-été et de fin d’année (お中元・お歳暮)
En Chine, le Chūgen (15 juillet du calendrier lunaire) était un grand jour de fête destiné à purifier les péchés humains. Arrivée au Japon, cette coutume s’est combinée avec l’usage d’offrir des cadeaux à ceux à qui l’on est redevable, dans un esprit de gratitude et de salutations saisonnières (« salutations de mi-été »).
Quand ? L’o-chūgen s’envoie en général du début juillet au 15 juillet, parfois jusqu’au début d’Obon (13 juillet), avec des variations régionales. Ensuite, on peut encore offrir un présent sous l’appellation « salutations de fin d’été » (shochū o-mimai) jusqu’à fin juillet. L’o-seibo (cadeau de fin d’année) se place de début décembre au 20-25 décembre, en évitant de le faire coïncider avec Noël.
À qui, et quoi ? À ceux à qui l’on doit beaucoup au quotidien : supérieurs hiérarchiques, professeurs, médecin de famille, parrain ou marraine de mariage, etc. Le choix dépend de la composition familiale et du mode de vie du destinataire : produits d’été rafraîchissants pour l’o-chūgen (boissons, objets en verre ou en bambou tressé), spécialités régionales ou produits courants pour l’o-seibo.
Comment ? En principe en main propre, avec quelques mots de politesse. À défaut, un envoi par un grand magasin ou un service de livraison est acceptable, sans qu’il soit nécessaire de prévenir le destinataire.
Une précaution : pour une première occasion, il faut bien réfléchir, car une fois commencé, l’usage veut qu’on poursuive les années suivantes avec la même régularité. Une rupture brutale pourrait être perçue comme discourtoise.
La veillée funèbre (通夜)
Préparatifs pour accueillir les visiteurs. Le jour du décès, on retire de la maison tout ce qui pourrait sembler incongru, comme les cadres et les compositions florales. On recouvre de papier blanc tout élément visible du kamidana ou de l'autel bouddhique, en signe de deuil. La porte d'entrée reste ouverte durant cette période. Pour accueillir de nombreux visiteurs, on réorganise le mobilier afin de dégager le plus d'espace possible.
La mise en bière (納棺). Autrefois, elle avait lieu la nuit même du décès. Aujourd'hui, elle se fait plutôt le lendemain, après une courte veillée avec lecture de sûtra. On installe le corps dans le cercueil, généralement tête vers le nord ou vers l'ouest selon les conventions déjà vues. Le cercueil est recouvert d'un tissu brocart et orné de fleurs (chrysanthèmes blancs, etc.) sur le dessus.
On place avec le défunt de petits objets rituels :
un chapeau triangulaire de papier ;
des jambières et protège-bras en tissu blanc ;
un bâton de pèlerin et des sandales de paille ;
un petit sac en tissu contenant une pièce, les « six pièces pour traverser le fleuve Sanzu» (rokumonsen) ;
un chapelet ;
selon les usages, de petites pièces d'argent symboliques (six sous, selon l'ancienne croyance).
La référence aux six pièces vient d'une croyance bouddhique populaire : le défunt doit payer un péage symbolique pour franchir le fleuve qui sépare le monde des vivants de l'au-delà.
Préparer la veillée. Avant la veillée, on nettoie soigneusement l'intérieur et l'entourage de la maison, et on prépare si besoin un éclairage extérieur temporaire. On dispose un autel simplement décoré en blanc et noir (tissu, ruban), avec la photographie du défunt, une tablette mortuaire provisoire, des fleurs et de l'encens.
Le rite selon la confession.
Shintoïste : lecture de prières par le prêtre, offrande de la branche sacrée (tamagushi) par les participants.
Catholique : prières du prêtre, lecture de la Bible, chants, offrande de fleurs.
Protestant : prières du pasteur, lecture biblique, chants, offrande de fleurs.
L'ordre des places. La veillée n'est pas un rite aussi formel que les funérailles, et l'ordre des places n'est pas strictement codifié. Les plus proches parents s'installent au plus près du cercueil, puis les autres selon le degré de parenté décroissant. Pour un couple, l'époux ou l'épouse du défunt passe en premier, suivi des autres membres selon leur lien de sang direct avec le défunt. Du côté des visiteurs, c'est l'ordre protocolaire habituel : le président du comité d'organisation des obsèques, les proches collaborateurs, puis les supérieurs, collègues et connaissances, par ordre de préséance sociale.
Le repas après la veillée (通夜振る舞い).
Une fois la veillée terminée, la famille invite les visiteurs à partager un repas simple, en signe de reconnaissance pour leur venue. Autrefois exclusivement végétarien, il comprend aujourd'hui souvent des sushis, des sandwichs ou des plats simples, parfois accompagnés d'alcool, qui reste facultatif.
La visite de condoléances (弔問)
À l'entrée, un service dédié accueille les visiteurs, avec carnet de condoléances, registre des dons, stylos, encre et pinceaux. Les enveloppes de condoléances (kōden-bukuro) doivent porter clairement le nom de l'expéditeur, faute de quoi on perd la trace du donateur. Il est utile de noter discrètement l'adresse sur une note séparée pour faciliter le suivi.
Tenue et comportement. On se rend à la veillée environ une heure avant l'heure annoncée, en tenue sobre, en évitant les couleurs vives. On reste discret et on propose son aide sans s'imposer si l'on fait partie des proches.
Les mots à l'arrivée. À l'accueil, on présente brièvement ses condoléances : « Je suis profondément attristé(e) », « Toutes mes condoléances », en évitant les grandes phrases. Si l'on était particulièrement proche du défunt, on peut ajouter un mot bref évoquant un souvenir personnel, sans s'attarder.
Les funérailles japonaises (葬儀・告別式)
Les funérailles varient selon la confession (bouddhiste, shintoïste, chrétienne, laïque) et les coutumes locales, mais elles suivent en général une structure similaire en quatre temps.
L'ordre des places
Le cercueil est installé au centre de la salle funéraire, surmonté de l'autel décoré d'offrandes, de bougies et d'encens.
• Funérailles (葬儀) : devant l'autel, le prêtre officie face au cercueil. À gauche (vu depuis l'autel) se tiennent le maître de deuil, la famille proche, puis les parents. À droite se placent le représentant professionnel, le président du comité d'organisation, les amis et les connaissances.
• Cérémonie d'adieu (告別式) : elle suit généralement les funérailles proprement dites. Le maître de deuil et la famille se tiennent de part et d'autre, prêts à recevoir les condoléances de l'assistance venue rendre un dernier hommage.
Le déroulement précis diffère selon la confession, mais comprend en général : l'entrée du cercueil, l'entrée des officiants religieux, la lecture des prières ou des sûtras, l'offrande d'encens (ou de fleurs selon la confession), le discours ou l'éloge funèbre, puis la clôture.
L'ordre d'offrande de l'encens (焼香の順序)
Lors d'une cérémonie bouddhiste tenue dans une pièce japonaise, les officiants et l'assistance restent assis et se lèvent chacun à son tour pour se rendre devant l'autel. L'ordre suit en général le degré de proximité avec le défunt : le maître de deuil, la famille proche, la parenté la plus directe, puis les relations professionnelles ou amicales, selon un ordre protocolaire proche de celui de la veillée.
Pour une cérémonie d'entreprise (社葬, shasō), le président du comité d'organisation passe en revanche généralement en premier, suivi du maître de deuil et de la famille.
Pour les participants ordinaires (hors famille), l'offrande d'encens se fait dans l'ordre d'arrivée, comme pour la cérémonie d'adieu qui suit immédiatement.
Comment procéder à l'offrande d'encens (焼香のしかた, assis et debout)
Position assise
1. On s'avance en silence devant l'autel à son tour et l'on salue brièvement le maître de deuil et la famille d'un signe de tête.
2. On s'agenouille devant l'encensoir, à environ un mètre de distance.
3. On s'incline une première fois devant le cercueil et la photo du défunt.
4. On pince l'encens en poudre entre le pouce, l'index et le majeur de la main droite, on le porte brièvement au niveau du front en signe de respect, puis on le dépose délicatement dans le brûleur.
5. On répète ce geste une à trois fois selon la coutume (une fois suffit en règle générale).
6. On joint les mains en silence et l'on s'incline une dernière fois.
7. On se retire en reculant de quelques pas, sans tourner le dos à l'autel, avant de faire demi-tour.
Comment allumer un bâton d'encens (線香のあげ方)
On allume le bâton à la flamme de la bougie posée sur l'autel, jamais directement avec une allumette. Si la flamme prend trop vivement, on l'éteint d'un geste de la main en l'éventant doucement, jamais en soufflant dessus.
Comment tenir le chapelet bouddhique (数珠の扱い方)
Le chapelet se porte généralement enroulé autour du poignet gauche ou tenu dans la main gauche. Au moment de joindre les mains en prière, on l'enroule autour des deux mains jointes.
La sortie du cercueil et le crématorium (出棺・火葬場)
Comment procéder à la sortie du cercueil
Une fois les funérailles et la cérémonie d'adieu terminées, la famille et les proches passent un dernier moment auprès du défunt avant la fermeture définitive du cercueil. On y dépose les fleurs de l'autel et d'autres objets chers au défunt, en signe d'adieu ultime.
Suit une coutume appelée « clouage des derniers adieux » (kugiuchi) : le maître de deuil, la famille proche et les proches parents donnent chacun à leur tour un ou deux petits coups symboliques sur les clous du couvercle, avec une pierre plutôt qu'un marteau. Cette pierre serait traditionnellement ramassée sur le lit asséché de la rivière Sanzu, bien que son origine exacte reste floue.
Ensuite, le personnel des pompes funèbres achève la fermeture complète du cercueil.
Le trajet jusqu'au crématorium
Le cercueil est transporté avec soin jusqu'au corbillard. Les personnes qui ne participent pas au convoi restent sur place pour saluer le départ. Avant le départ, on remet une petite enveloppe de remerciement au chauffeur du corbillard et à ceux des véhicules suivants, par l'intermédiaire de l'assistant de deuil.
L'ordre des places dans les véhicules
• Corbillard
• Véhicule suivant : la famille et les proches parents y prennent place, en général accompagnés d'un officiant religieux. L'ordre de préséance suit globalement celui de la cérémonie.
• Minibus (souvent affrété par les pompes funèbres pour le reste du cortège) : la place d'honneur (à l'arrière, côté fenêtre) revient au plus proche parent du défunt, qui porte généralement le portrait. Les autres proches suivent par ordre de préséance décroissant vers l'avant du véhicule.
Le recueil des cendres au crématorium (火葬場での骨揚げ)
Au crématorium, on présente d'abord le certificat d'autorisation de crémation avant d'introduire le cercueil dans le four. Pour un rite bouddhiste, on procède à une dernière lecture de sûtra et à une offrande d'encens avant la fermeture définitive du four.
La crémation dure environ une à deux heures. Pendant ce temps, l'assistance patiente dans une salle d'attente en évoquant des souvenirs du défunt.
Une fois la crémation terminée, on procède au recueil des cendres (kotsuage, 骨揚げ). Les participants, par deux, se passent les fragments d'os à l'aide de baguettes (l'un tenant une baguette en bambou, l'autre en bois), les recueillent ensemble et les placent dans l'urne funéraire. L'ordre de recueil commence par les os des pieds, puis remonte vers les jambes, le bassin, le dos, les bras et enfin le crâne, placé au sommet de l'urne pour représenter symboliquement le corps dans sa position normale.
Les cendres restantes sont rassemblées par le personnel du crématorium, placées dans une boîte en bois de paulownia enveloppée de tissu blanc, puis remises au maître de deuil. Si l'on souhaite en disposer d'une façon particulière (par exemple les partager entre deux lieux), il faut en informer le personnel au préalable.
L'accueil des cendres au retour (遺骨の迎え方)
Les personnes restées à la maison (l'assistant de deuil et des proches) nettoient la pièce funéraire en prévision du retour de l'urne. Elles préparent un petit autel avec une table basse recouverte de tissu blanc, où l'on installe l'urne, le portrait du défunt, une bougie, de l'encens et des offrandes florales. Dans la tradition bouddhiste, les parents et amis sont informés à cette occasion de la date de la commémoration des quarante-neuf jours (shijūkunichi, 四十九日).
Avant d'entrer dans la maison, on prépare à l'entrée un seau d'eau et du sel de purification, afin de purifier symboliquement la personne qui a été en contact avec la mort.
Les funérailles shintoïstes (神式の葬儀)
Dans la tradition shintoïste, on ne parle pas de « funérailles » à proprement parler, mais de « cérémonie funéraire » (sōjōsai, 葬場祭). Elle n'a jamais lieu dans l'enceinte d'un sanctuaire, en raison du tabou lié à la mort, mais au domicile du défunt ou dans un lieu funéraire dédié.
On procède d'abord à l'annonce du décès (kiyū no hōkoku, 帰幽奉告) à la divinité domestique (kamidana, 神棚). Celle-ci est recouverte d'un papier blanc, sa porte reste fermée et elle est entourée d'une corde sacrée (shimenawa).
Déroulement de la cérémonie
1. Entrée des proches et de l'assistance, mise en place.
2. Rite de purification (shūbatsu, 修祓).
3. Entrée du maître de cérémonie (saishu, 斎主).
4. Offrande rituelle (hōken, 奉献).
5. Salut unique du maître de cérémonie.
6. Offrandes rituelles communes (kyōdō shinsen, 共同神饌).
7. Prières pour la paix du défunt.
8. Récitation des mérites du défunt (hōshi).
9. Lecture des prières funéraires (saishi sōjō).
10. Récitation du serment (seishi).
11. Offrande de la branche sacrée par les amis et proches (tomobito nado ni yoru tamagushi hōten, 玉串奉奠).
12. Lecture d'un éloge funèbre (le cas échéant).
13. Discours de l'invité d'honneur (raihin daihyō no aisatsu).
14. Clôture de la cérémonie.
15. Salutations finales de la famille.
16. Clôture officielle.
17. Dernier mot de clôture pour les invités.
18. Salut final des proches.
Comment présenter la branche sacrée (玉串奉奠, tamagushi hōten)
On s'avance jusqu'à la table dressée et l'on s'incline. On saisit la branche de la main droite, on la tourne vers soi, puis on la pose face à l'autel. On effectue ensuite deux saluts profonds, deux battements de mains silencieux (shinobi-de, sans produire de son, contrairement aux usages de félicitation) et un dernier salut avant de se retirer.

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