L’Épée Bijomaru (1945) : Le sabre et l'honneur selon Kenji Mizoguchi 『名刀美女丸』(1945年)
- Association Okiya
- 10 mars
- 2 min de lecture
Réalisé en pleine tourmente de la Seconde Guerre mondiale, Meitō Bijomaru (L’Épée Bijomaru) occupe une place singulière dans l'immense filmographie de Kenji Mizoguchi. Produit par la Daiei et sorti en 1945, ce drame historique (jidaigeki) de 75 minutes prouve que, même sous la contrainte, le maître nippon n'a jamais sacrifié sa quête de perfection esthétique.
Un récit de rédemption et de forge
L'intrigue nous transporte à la fin du shogunat Tokugawa. Nous y suivons Kiyone, un jeune apprenti forgeron d'Edo. Orphelin, il doit tout au samouraï Kozaemon Onoda, qui l'a élevé comme son propre fils. Pour témoigner sa gratitude (et par amour secret pour Sasae, la fille d'Onoda), Kiyone forge un sabre.
Cependant, l'œuvre bascule lors d'une attaque de rōnin : la lame se brise au combat. Bien que le seigneur soit sauf, Onoda est jugé responsable de ce défaut technique ; il est destitué et assigné à résidence. Accablé par la honte de cette défaillance, Kiyone songe au suicide. C’est la force de Sasae qui le sauvera, le poussant à transcender son échec pour devenir un véritable maître forgeron capable de forger l'acier indestructible.
Mizoguchi : Créer malgré la censure
Si Kenji Mizoguchi est aujourd'hui mondialement célébré pour ses chefs-d'œuvre des années 1950 (Les Contes de la lune vague, L'Intendant Sansho), on oublie souvent qu'il a débuté dès les années 1920. Sur les plus de 80 films qu'il a réalisés, une grande partie a malheureusement disparu.
L'Épée Bijomaru est un témoignage précieux de sa résilience artistique :
· L'économie de moyens : Produit avec des ressources limitées dues à l'effort de guerre, le film reste court et dense.
· L'absence de propagande : Alors que le régime exerçait un contrôle strict sur la production cinématographique, Mizoguchi a réussi l'exploit de ne pas céder à la propagande militaire, préférant se concentrer sur les thèmes universels de l'artisanat, de l'honneur et de la figure féminine salvatrice.


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