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Qu’est-ce qu’un “kosode hinagata” ?

Aujourd’hui on désigne sous le terme « hinagata » une reproduction réalisée en taille réduite par rapport à l’objet original, destinée à servir de modèle ou d’exemple. Cependant, à l’époque d’Edo, on appelait « hinagata » tout recueil de motifs ou de modèles, quel que soit le domaine concerné.

Ainsi, dans les arts nécessitant des références visuelles tel que : l’artisanat, peinture, sculpture mais aussi dans l’architecture, des « hinagata » furent créés. Parmi eux, les « hinagata » consacrés aux motifs de kosode furent, durant l’époque d’Edo, ceux qui présentaient la plus grande variété et le tirage le plus important. C’est cela que l’on appelle les kosode hinagata. Leur publication s’est poursuivie, avec quelques interruptions, jusqu’à l’ère Meiji.


Cet article se base sur l’ouvrage de Iwao Nagasaki qui s’intitule Kosode Hinagata Kimono Pattern Samples publié en 2009. Ce livre est basé sur Moyō Hinagata Naniwa no Ume (Les modèles de motifs “Les Pruniers de Naniwa”), édité et publié en mars de la 19ᵉ année de Meiji (1886) par Yamanaka Kichirōbee, à Kōraibashi, Osaka. Sa diffusion fut assurée par Suhara Tetsuji (Nihonbashi Nishigishi-chō, Tokyo), Tazawa Seiun (Ōdenma-chō) et Shikata Seishichi (Azuchi-chō, Osaka). Or, même ce Moyō Hinagata Naniwa no Ume a lui-même pour inspiration un kosode hinagata datant de l’époque d’Edo. D’après les caractéristiques de certaines gravures il est probable que Moyō Hinagata Naniwa no Ume ait été réalisé soit en réutilisant directement les planches d’impression de ces anciens modèles (de 1719 et 1724), soit en démontant les formes de kosode de ces ouvrages pour en faire des dessins préparatoires, à partir desquels fut tirée une planche en encre noire, puis des planches colorées furent superposées pour la production finale.

Usage des kosode hinagata


Les kosode hinagata, dont la publication a commencé au début de l’époque d’Edo, étaient vendus dans les librairies de la ville, aux côtés des livres illustrés, des romans ou des manuels domestiques. À l’instar des magazines de mode actuels, ce sont principalement les femmes des quartiers marchands qui les achetaient pour les consulter et en profiter chez elles.

De plus, les boutiques de confection de kimono/tissus (gofukuya) les acquéraient et les plaçaient en vitrine ou dans leurs espaces de vente. Lorsqu’une cliente se rendait à la boutique pour commander un kimono les vendeurs lui montraient les modèles, ou bien les prêtaient aux clientes privilégiées, les utilisant comme de véritable livre de style.

Dans le premier volume du Nishikawa Hinagata, publié en 1686, se trouve une illustration montrant trois femmes assises dans une pièce, en train de choisir des motifs dans un recueil de kosode hinagata.



Lors de la commande d’un kimono, le recueil de hinagata servait au client pour choisir les motifs, les couleurs, et les techniques décoratives. Le marchand notait soigneusement les demandes détaillées, constituait un registre de commandes, puis l’archivait.

Ensuite la réalisation, un dessin préparatoire en taille réelle ou une fiche technique, était produite puis transmise avec le tissu, à chaque artisan, selon l’ordre des étapes : teinture, broderie, peinture, etc. Une fois tous les ornements achevés, le vêtement était enfin cousu.

La popularité des kosode hinagata à l’époque d’Edo, comparable à celle des romans, est confirmée par les catalogues d’éditeurs de l’époque ainsi que par les annonces de parution en fin de volume, où ces recueils apparaissent souvent aux côtés d’œuvres littéraires.


Les kosode hinagata furent publiés en très grand nombre : environ 170 à 180 titres virent le jour au cours des quelque 150 ans allant du milieu du XVIIᵉ siècle au début du XIXᵉ siècle. À partir de la période Genroku, plusieurs recueils de modèles étaient parfois publiés la même année, certains faisant preuve d’innovations éditoriales, d’autres proposant des sélections centrées sur des motifs en vogue.


La plupart des motifs illustrés dans ces recueils concernent les kosode pour femmes adultes, mais certains volumes adoptent une structure plus large. Par exemple, Yūzen Hīnakata, publié en 1688, propose des motifs de yogi, katabira, yukata et pour les obi.

Certains recueils sont même organisés selon le statut social, l’âge ou la région du porteur, voire selon la couleur de fond du vêtement. Ainsi, dans Shinpan Kosode O-hīnakata (1677), on trouve des sections telles que :

  • motifs pour jeunes filles,

  • motifs de style wakashu kosho (pages adolescents),

  • motifs inspirés des tayū (courtisanes de haut rang),

  • motifs de style okugata (dames de haut rang).


Dans Shōtoku Hinagata, publié en 1713, les catégories sont :

  • style de la Cour,

  • style des résidences de samouraïs,

  • style des quartiers marchands,

  • style keisei (courtisane de premier rang),

  • style yūjo (prostituée),

  • style des maisons de bains,

  • style wakashu (jeune garçon),

  • style yarō (homme du peuple).


Cependant, il ne s’agissait pas de motifs réellement destinés à ces catégories sociales. Il s’agissait plutôt de “modes inspirées de ces figures” par exemple une mode « façon courtisane ». Ces motifs étaient en réalité conçus pour les femmes ordinaires des quartiers marchands, qui admiraient ou fantasmaient ces différents styles.

Les recueils Shokoku O-hīnakata (1686) et Onagata Sankōchō (1732) sont organisés, pour le premier, selon les régions de la Cour impériale, d’Edo, d’Owari et de la Chine (Chūgoku), et pour le second, selon les régions de Miyako (Kyoto), Naniwa (Osaka) et Azuma (l’Est du Japon). Là encore, il faut y voir une intention d’éveiller l’imagination des clientes, en exploitant leur fascination pour des régions auxquelles elles ne pouvaient voyager librement à cette époque.


D’autres recueils adoptent une approche plus pratique. Par exemple, Imayō O-hīnakata, publié en 1685, rassemble dans les volumes supérieur et inférieur des motifs classés selon les saisons : printemps et été, puis automne et hiver. Ou encore Miyako Hīnakata, publié en 1691, dont chaque volume est organisé selon les couleurs de fond : rouge, noir, jaune, violet, etc.


De plus, de nombreux kosode dont les motifs sont très proches de ceux illustrés dans ces recueils ont été retrouvés. En outre, les kosode hinagata indiquent souvent, en plus des motifs, les couleurs de fond à la mode et les techniques décoratives alors en vogue. Si l’on compare ces indications aux pièces conservées, on constate cependant que, dans la pratique, les commanditaires faisaient fréquemment modifier certains détails du motif, changer de technique, ou encore altérer la couleur de fond.


La forme des kosode hinagata


Les précurseurs des kosode hinagata, étaient des ouvrages d’encyclopédie domestiques tels que Onna Shoreishū, publié en 1660, qui représentent un kosode vu de face, placé sur un ekageta 衣桁 (portant à vêtements), accompagné de commentaires sur sa couleur de fond et ses motifs. Toutefois, ces ouvrages ne contenaient qu’une dizaine de motifs.

Le premier véritable ouvrage de ce genre est O-hīnakata, publié en 1666. Les illustrations présentent un kosode vu de dos, les motifs étant dessinés à l’intérieur du contour du vêtement, tandis que les descriptions de la couleur de fond et des motifs sont inscrites en dehors du contour. Cette manière d’articuler la présentation du motif et le placement des légendes devint la forme de base transmise à l’ensemble des hinagata ultérieurs, bien que plusieurs variantes soient apparues au fil du temps.

On représente une femme vêtue d’un kosode, et dans la partie supérieure de la page sont indiquées des explications concernant le motif du kosode, la couleur du fond et les techniques d’exécution. Selon la préface de l’ouvrage, la raison en est la suivante :

Des images de personnes vêtues avec me kosode pouvait être ajouté à l’ouvrage pour permettre aux commanditaires de prendre en considération l’harmonie entre leur âge, leur apparence et les motifs. Cependant, on peut également considérer que le caractère esthétique, proche d’un bijinga (« peinture de belles personnes »), y est devenu trop fort. Au point que l’on peut comparer ces ouvrages aux magazines de mode actuels.


Dans ce contexte, la publication des kosode hinagata devint de plus en plus florissante au fil des années, et se poursuivit jusqu’à la période allant d’An’ei à Tenmei (du mois d' avril 1781 au mois de janvier 1789). Voici, pour donner un aperçu général, la présentation typique de ces modèles de kosode apparus au cours de cette période.


Tout d’abord, la couverture est le plus souvent de couleur bleu foncé, avec une étiquette de titre (題箋 daizen) collée au centre ou dans le coin supérieur gauche. Le corps de l’ouvrage est relié en fukurotoji 袋綴 (reliure à feuilles pliées), et les recueils contiennent entre une vingtaine et, pour les plus riches, environ deux cents illustrations de modèles. Ces images sont réunies soit en un volume, soit en deux, trois ou cinq volumes.

Les préfaces ou postfaces expliquent principalement les raisons de la publication ou l’origine du titre de l’ouvrage. Dans les éditions les plus anciennes, on trouve également des passages importants pour l’histoire des teintures et des techniques textiles.

Enfin, vers la fin du XVIIIᵉ siècle, lorsque la technique du nishiki-e (estampe polychrome) fut pleinement maîtrisée dans l’ukiyo-e, on voit apparaître, bien que très rarement, des kosode hinagata imprimés en couleurs. Mais dans les éditions antérieures, l’impression à l’encre noire demeure presque exclusive, de sorte que la couleur du fond (intimement liée au motif lui-même) ainsi que les couleurs du dessin, tout comme les techniques décoratives employées, sont en général indiquées dans les marges de chaque illustration.


À de rares exceptions près comme le cas du célèbre peintre Nishikawa Sukenobu ces motifs sont dessinés par des artistes anonymes. Par ailleurs, comme on peut le lire à la fin du catalogue du premier volume de l’édition de 1685 (Jōkyō 2) de « Imayō o-hinagata », où est inscrit : « 染色作者 中都辺 重次 模様之作絵 正則 (Sélection des techniques de teinture : Jūji, résidant dans la région centrale de la capitale. Dessin des motifs : Masanori) », il est probable que la réalisation des planches de kosode hinagata relevait parfois d’une division du travail : un conseiller technique pour la teinture et un autre pour la création des motifs.


On observe également que, bien que quelques artistes provinciaux aient participé (en très petit nombre) à la création des motifs, les éditeurs, quant à eux, étaient exclusivement établis à Kyōto, Ōsaka ou Edo. Parmi ces villes, Kyōto, à la fois centre de production textile et centre éditorial majeur, était sans doute le lieu le plus approprié pour la publication des hinagata.

Déclin du kosode et disparition des kosode-hinagata


Cependant, malgré la richesse de leur contenu, la publication des kosode hinagata commença à décliner rapidement à partir de l’ère Tenmei. Elle finit par disparaître une première fois avec en 1820 lors du « Manzai hinagata », qui marque leur ultime apparition.


On peut identifier essentiellement deux facteurs externes ayant contribué à la disparition des kosode hinagata:


Le premier concerne l’évolution du style des kosode portés par les femmes des quartiers marchands à la fin du XVIIIᵉ siècle et au début du XIXᵉ siècle. À cette époque, les motifs étaient majoritairement de petite taille.


Or, les kosode hinagata avaient pour fonction première de rassembler les motifs les plus récents à la mode, tout en présentant les techniques de teinture et de tissage les plus appropriées pour les reproduire. Dès lors, la stagnation des motifs et des techniques réduisait considérablement la nécessité de publier de nouveaux hinagata.

Dans le cas des motifs petits motifs, la décoration ne concerne qu’une partie très limitée du vêtement, laissant peu de place à la variété dans la composition. L’importance des kosode hinagata, qui permettaient de représenter des compositions de grande ampleur couvrant l’ensemble du vêtement, s’en trouvait donc diminuée.


Le second facteur est lié à l’apparition, depuis les époques Shōtoku et Kyōhō, d’édits et interdictions vestimentaires, qui favorisaient une esthétique sobre (shibu-gonomi渋好み) dans les kosode des femmes des quartiers marchands. Comme on peut le constater dans les estampes ukiyo-e et la littérature, à la fin du XVIIIᵉ siècle, les motifs discrets, tels que les rayures simples ou les petits motifs répétés (komon), deviennent très populaires. Par conséquent, les kosode hinagata, qui mettaient en avant des motifs grands, variés et flamboyants, ne répondaient plus à ce besoin et ne sont plus jugés indispensables.


Pour conclure les kosode hinagata ont reflété avec sensibilité l’évolution des styles de kosode depuis leur apparition jusqu’à leur disparition, ce qui en fait une source précieuse pour étudier les changements stylistiques du kosode à l’époque d’Edo.


La renaissance des kosode hinagata


La route de l’occidentalisation symbolisée par la période Bunmei Kaika 文明開化 a été conduite par le gouvernement. Dans le domaine de la mode, ce mouvement a commencé par les hommes occupant des positions officielles, tandis que chez les femmes, ce sont celles de haut rang social apparaissant dans des contextes publics qui ont été concernées.

Relativement peu de temps après, les femmes issues des anciennes familles de daimyō imitèrent ce mouvement.


Au début de l’ère Meiji, ceux qui portaient principalement des kimonos étaient, chez les hommes : les gens dits du commun, tandis que chez les femmes, il s’agissait de celles que l’on appelait autrefois les femmes des quartiers marchands. L’avènement de la restauration de Meiji n’ayant pas entraîné un changement immédiat du quotidien, leurs vêtements restaient fidèles aux styles des kosode de la fin de l’époque d’Edo pour une majorité de la population.

Ainsi, même à l’époque Meiji, la vie centrée sur le kimono pour les femmes ne changea guère. Par conséquent, le plaisir de porter le kimono comme élément de mode et le processus de commande de vêtements auprès des marchands restaient très similaires à ceux de l’époque d’Edo.


En réponse à cette demande pour les kimonos, la publication des hinagata connut un renouveau. Le Moyō Hinagata Naniwa no Ume de 1886, présenté dans ce livre, est né de ce contexte. Par ailleurs, vers la seconde moitié de l’époque d’Edo, la technique du nishiki-e (estampe polychrome) fut perfectionnée pour les estampes ukiyo-e, et à partir de la fin de l’époque d’Edo, les kosode hinagata imprimés adoptèrent également l’impression polychrome, à l’image des estampes. C’est le cas, par exemple, du Some Moyō Gokusaishiki Shin Hinagata Chiyo no Sode, publié en 1786. Cependant, comme mentionné précédemment, à cette époque, la publication des kosode hinagata avait déjà commencé à décliner progressivement.


Après cette période, aucun autre kosode hinagata polychrome n’a été attestée jusqu’à la publication du Moyō Hinagata Naniwa no Ume à l’ère Meiji.

En dehors des hinagata pour kimono, divers recueils de motifs en couleurs furent produits à l’époque Meiji, utilisant pleinement la technique de la gravure sur bois. Cette production est liée à la réévaluation des motifs traditionnels japonais provoquée par la mode du Japonisme en Europe.


On peut également constater que de nombreux kosode hinagata de cette époque furent exportés en grand nombre vers l’Occident, ce qui rend relativement rares ceux qui sont restés au Japon.

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